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Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/831

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LA DÉFENSE DE LA LÉGATION DE FRANCE.

Destelan qui, enseveli jusqu’aux épaules, a été dégagé par le matelot Saliou. Une plaie légère que j’ai à la tête et qui saigne abondamment fait croire que je suis grièvement blessé ; j’ai surtout les bras et les épaules fortement contusionnés. Un homme, en passant, nous dit qu’une explosion a eu lieu également sous le blockhaus ; nous y courons, mais c’était une erreur. Les Chinois ont seulement tiré quatre coups de canon qui ont écrêté la barricade du portique. Cependant, les Chinois, qui s’avançaient bien effectivement, ont mis le feu aux ruines de la maison Saussine aussitôt après l’explosion. Le poste du Salon bleu s’est replié en arrière dans le bureau de M. Pichon. L’incendie se propage avec une rapidité incroyable, à la maison Morisse et aux cuisines, qui ne sont bientôt qu’une gerbe de flammes. Les hommes qui occupent les meurtrières du nord (maison des boys et parc à cochons) viennent se mettre à l’abri, derrière l’angle nord-ouest des appartemens du ministre.

Mais le feu se communique au Salon bleu, puis aux cuisines, à la salle à manger et au salon de M. Pichon. La chaleur rend bientôt toutes nos positions intenables. J’éprouve en outre une grande gêne à ne plus savoir où est exactement mon personnel, et surtout à le savoir réparti en tant de points différens. Enfin, d’où nous sommes, aveuglés par l’incendie, nous ne pouvons absolument rien faire et il nous est impossible de tirer un coup de fusil. Je donne en conséquence à tous les hommes l’ordre d’aller se réfugier dans la tranchée « Bartholin, » qui a été terminée le matin même. Là seulement je peux faire un appel et acquérir la douloureuse certitude que Pesqueur et Bougeard sont restés sous les décombres.

Le docteur Matignon panse mes plaies qui n’ont rien d’inquiétant, dans la tranchée même. De l’autre côté de l’immense brasier, les Chinois hurlent toujours et tirent à travers les flammes ; leurs balles sillonnent le parc.

Je décide de faire mettre nous-mêmes le feu à la maison Filipini qui, debout et intacte, serait plus nuisible qu’utile.

La nouvelle ligne de défense comprendra donc désormais : la tranchée occupée par les Français au nord, la chapelle et le pavillon des Étrangers occupés par les Autrichiens au sud. Notre droite est toujours gardée par l’Allemagne, et notre gauche par la barricade de la ruelle nord.

Tous ces événemens se sont déroulés en moins de deux