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Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/830

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REVUE DES DEUX MONDES.

de porcelaines rares suspendus à des fils de fer. Dans le Salon Bleu, notre ministre me montre une armoire remplie de merveilleuses broderies de soie ; il y en a là pour plusieurs milliers de francs. Ces richesses seront-elles bientôt entre les mains des pillards ? Un nouveau volontaire nous arrive de l’Angleterre, M. Feit.

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13 juillet. — L’après-midi, calme parfait. À trois heures, nous enterrons Lerme. Pesqueur a découvert un long bambou, et fabriqué deux petites poulies ; il s’occupe maintenant à passer les drisses ; il veut arborer, demain, 14 juillet, notre grand pavillon à côté du pavillon autrichien, la seule chose que Mme de Rosthorn ait songé à sauver de l’incendie de sa légation.

À 6 heures, une très grosse fusillade éclate brusquement rue de la Douane. Nous n’avons plus besoin d’autre signal pour courir à nos postes. M. Picard-Destelan et M. de Rosthorn viennent aussitôt me rejoindre dans la maison Saussine. Jamais les balles ne sont tombées si nombreuses sur les murs et les fenêtres de cette pauvre maison. À peine sommes-nous là depuis cinq ou six minutes qu’une explosion se produit, soulevant toute la maison. Mon fusil est arraché de mes mains ; le sol se dérobe sous moi. Instinctivement je place les bras au-dessus de ma tête pour me protéger des débris de toutes sortes qui retombent. Enseveli jusqu’à la ceinture, je fais tous mes efforts pour me dégager, quand une deuxième explosion se produit, me soulève de nouveau et me délivre. La poussière et la fumée sont tellement épaisses qu’il m’est impossible de distinguer les objets à un pas devant moi. Je ne m’oriente que grâce aux cris poussés par les Chinois, qui, cette fois, semblent s’avancer ; je sais que, pour sortir de la maison, il faut leur tourner le dos, et je le fais sans la moindre hésitation. Pendant quelques secondes qui me paraissent un siècle, je recherche à tâtons des ouvertures cependant bien connues, mais sensiblement déformées et déplacées. Je ne vois, ne rencontre et n’entends aucun de mes camarades ; des paroles ou des plaintes seraient d’ailleurs étouffées par les hurlemens de joie de ces sauvages, qui poussent plus que jamais leurs impressionnans « Châ-cha-châ ! » à une distance de nous qui n’est certainement pas supérieure à 10 mètres. Je sors enfin de ces décombres et retrouve, sous le Hall des Abeilles, M. de Rosthorn sain et sauf, mais couvert de poussière ; puis Picard-