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Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/829

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LA DÉFENSE DE LA LÉGATION DE FRANCE.

De notre côté, les meilleurs tireurs abattent les têtes des imprudens qui regardent par les brèches ou par-dessus les barricades.

Dans l’après-midi, les Chinois ralentissent assez leur feu pour nous permettre de diminuer les postes. Nous ne manquons pas de supposer, une fois de plus, que ce calme relatif est dû à la présence de nos amis dans les environs de Pékin. Nous désirons tellement le croire ! Pas de nouvelle de la colonne Seymour depuis son arrivée à Lang-Fang, c’est-à-dire depuis un mois ! Cette poignée de braves, qui s’était si courageusement lancée à notre secours, serait-elle tombée sur des forces trop supérieures, et aurait-elle été détruite ? Hélas ! tout nous le fait supposer. Mais c’est une raison de plus pour croire à l’exactitude des calculs du colonel Shiba. Nous nous raccrochons follement à cet espoir, et la gaieté revient quand même.

Mme de Rosthorn promène toujours au milieu de nous sa figure si fine, si douce et si rieuse. Si elle se rend compte du danger, elle dissimule tellement bien ses impressions, qu’il est impossible de lire sur son visage la moindre trace d’ennui ou d’inquiétude, excepté quand son mari s’expose plus qu’il ne devrait le faire, ce qui lui arrive trop souvent. Elle a un mot aimable, une attention, une prévenance pour tous, volontaires, officiers et matelots ; on est toujours sûr de la trouver partout où l’on a besoin d’elle. Mais Mme de Rosthorn veille surtout sur nos malades ; elle sait trouver du lait condensé pour préparer elle-même les bouillies ou les boissons ordonnées par le docteur Matignon aux dysentériques. Merveilleuse maîtresse de maison, elle empêche le gaspillage de nos dernières boîtes de conserves, réservées aux blessés. Enfin elle semble être la fée qui nous protégera jusqu’à la fin de la lutte.

Nous trouvons aussi chez nos camarades allemands des compagnons pleins d’entrain, toujours prêts à rire, à s’amuser et à nous persuader que tout cela finira bientôt par notre délivrance et par la ruine de la Chine. Pleins de tact et de délicatesse, aimables autant qu’il est possible de l’être, c’est une joie pour nous de les posséder quelques instans quand les circonstances le permettent.

M. Pichon vient voir sa maison qu’il a peine à reconnaître. La salle à manger surtout a été très éprouvée ; le toit est tombé, brisant dans sa chute des meubles admirables ; sur les murs, ouverts en plusieurs endroits, on peut voir encore des fragmens