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Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/822

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REVUE DES DEUX MONDES.

5 juillet. — À midi, les Chinois commencent à bombarder la salle à manger du ministre de France avec des obus de 75 millimètres. Leurs canons sont installés dans l’est du coin du nord-est de notre Légation, et à 150 ou 200 mètres à peine. Quand les brèches des toits leur paraissent suffisamment grandes, et qu’ils jugent les bois assez hachés, ils essayent d’incendier en lançant des fusées, et même des flèches dont l’extrémité est garnie d’allumettes enflammées.

Tous les marins et tous les volontaires restent à l’abri.

M. de Below, ministre d’Allemagne par intérim, et M. de Soden, chef du détachement allemand, viennent passer un instant près de nous. Ce bombardement est en effet assez intéressant, Nous y assistons du salon, qui n’est séparé de la salle à manger que par un vestibule. Sur la prière de Mme de Rosthorn, M. de Below se met au piano et cueille dans les cahiers de musique qui sont près de lui les morceaux les plus beaux. Si les Chinois pouvaient assister à cette scène, ils seraient sans doute assez stupéfaits. Cependant, il faut nous entasser dans un des coins ; un ricochet qui a traversé les deux portes de communication est venu mourir sur le tapis.

Ce bombardement ne cesse que vers cinq heures ; à ce moment, un autre canon envoie deux projectiles dans la petite écurie située à droite du portique en entrant.

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6 juillet. — Très forte canonnade du côté du Fou ; à la légation de France, quelques rares coups de fusil. Vers deux heures de l’après-midi, le silence est tel, autour de nous, que je suppose nos adversaires partis. Je forme alors le projet d’aller reprendre, avec le quartier-maître Pesqueur et cinq matelots, les deux barricades de la rue de la Douane et de la rue des Légations. M. Winterhalder veut m’empêcher de mettre ce projet à exécution ; mais je pars en lui recommandant de dire aux Autrichiens du blockhaus d’être prêts à nous aider, au besoin, de leurs fusils. « Je serai là moi-même, » me répond-il.

En nous glissant par la brèche « Pelliot, » nous arrivons sans incident à la barricade de la rue de la Douane. Par les meurtrières, nous étudions pendant quelques minutes les environs, mais rien ! Je laisse deux hommes à ce poste et nous gagnons en rampant la barricade de la rue des Légations. Pesqueur va surveiller l’autre partie de la rue de la Douane, sur notre droite. Là