Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/815

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
809
LA DÉFENSE DE LA LÉGATION DE FRANCE.

M. Cordès à la légation ; son état est très grave. Il peut néanmoins raconter que le ministre d’Allemagne a reçu une balle derrière la tête, et que lui-même, s’étant levé pour arrêter les porteurs et le protéger, a été atteint d’une balle au bas-ventre. Malgré sa blessure, M. Cordès put échapper aux Chinois qui entouraient les chaises, et s’enfuir, poursuivi par deux soldats. À bout de forces, et décidé à en finir, il s’arrêta et fit face à ses lâches adversaires, quand, à son grand étonnement, ceux-ci firent demi-tour et se sauvèrent à toutes jambes. Le blessé perdit ensuite connaissance, et fut heureusement recueilli par des missionnaires.

Les chefs de détachement réunis décident d’envoyer tout de suite à la légation d’Angleterre les femmes et les enfans. Cette légation est plus grande et moins exposée que toutes les autres. Ordre est donné d’y entasser immédiatement les vivres, les munitions, et tout ce que les magasins européens renferment de conserves, de vins, de bière, d’eaux minérales et de liqueurs. Les caves de l’hôtel de Pékin sont également vidées dans celles de la légation d’Angleterre, qui prend l’aspect d’un vaste entrepôt[1].

À deux heures de l’après-midi, les Autrichiens quittent leur légation et se replient sur la nôtre. Convaincus que le départ pour Tien-tsin ne saurait tarder, ils n’emportent que leurs armes et leurs munitions. Le personnel civil de cette légation ne comprend que M. de Rosthorn, premier secrétaire, ministre par intérim, et Mme de Rosthorn. Les officiers sont, au contraire, très nombreux ; deux d’entre eux, le capitaine de frégate Édouard Thomann von Montalmar, commandant la Zenta, et le lieutenant de vaisseau Théodore de Winterhalder, du même bâtiment, se trouvent prisonniers dans Pékin, qu’ils étaient venus visiter. Les autres, le lieutenant de vaisseau Kollar et les aspirans Mayer et Boyneburg-Lengsfeld, font partie du détachement envoyé au secours de la légation.

La retraite de l’Autriche entraîne celle du personnel de la douane, qui ne peut logiquement et matériellement pas supporter le premier choc d’une attaque. Ce personnel se réfugie à la légation d’Angleterre.

  1. En même temps, et en moins de 24 heures, M. Chamot trouvait le moyen de réunir sous sa main des mules, des chevaux et du blé en quantité suffisante pour nourrir pendant deux mois 1 200 Européens et 3 000 chrétiens chinois. Il découvrait des meules et transformait quatre des chambres de l’hôtel en moulins.