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et se serait-elle produite, si les puissances n’avaient pas fait entendre au gouvernement bulgare un langage extrêmement sérieux. Aucune d’entre elles n’est disposée, du moins en ce moment, à favoriser une agitation quelconque dans les Balkans. La Russie, qu’on aurait pu soupçonner de quelque arrière-pensée, est trop occupée en Extrême-Orient pour provoquer en Europe des complications nouvelles. Elle a, comme les autres puissances, donné à Sofia des conseils de prudence et de réserve, et cela sur le ton nécessaire pour être entendue et comprise.

Dans quelle mesure le gouvernement bulgare a-t-il toléré, nous ne voulons pas dire encouragé l’action révolutionnaire du comité macédonien, il est difficile de le préciser : mais le comte Goluchowski n’a pas dépassé la mesure en disant qu’on avait été un peu coupable à Sofia et qu’on s’y était montré trop faible. Ce reproche, a-t-il dit, ne saurait être épargné au gouvernement bulgare. Pendant quelques semaines, on a pu se demander si le printemps n’amènerait pas, comme cela est arrivé quelquefois, des troubles insurrectionnels dans les Balkans. Heureusement il n’en a rien été. Les conseils des puissances et l’accent avec lequel ils ont été donnés ont frappé le prince Ferdinand : il a pris enfin une attitude suffisamment ferme à l’égard du chef même du comité macédonien, qu’il a fait arrêter et enfermer. Le comte Goluchowski s’en est montré satisfait pour le présent, mais il n’est pas tout à fait rassuré pour l’avenir. Si la Macédoine est l’objet d’un grand nombre de compétitions, on ne peut nier que l’état intérieur du pays ne soit par lui-même de nature à encourager les tentatives du dehors. La Porte n’a fait aucune des réformes auxquelles elle s’était engagée au Congrès de Berlin. Les fera-t-elle jamais ? Est-elle même capable de les faire ? Elle s’est contentée, comme l’a dit le comte Goluchowski, de rétablir l’ordre par la force là où le comité macédonien l’avait compromis ou troublé ; mais, a-t-il ajouté, « cela ne suffira sans doute pas pour amener un apaisement durable. » Il a raison. La Macédoine n’est pas une proie facile à prendre, ne fût-ce qu’à cause du nombre de ceux qui sont prêts à s’en charger chacun à l’exclusion des autres, mais c’est une proie extrêmement tentante, à cause de la mauvaise administration dont elle souffre. Le péril est écarté pour le moment : il renaîtra un jour ou l’autre.

Le comte Goluchowski n’a rien dit de la récente entrevue qui a eu lieu entre le roi Charles de Roumanie et le roi Georges de Grèce, et cela étonne d’autant plus qu’elle a eu lieu à Abbazia, c’est-à-dire en Autriche. Que les deux princes aient choisi les eaux autrichiennes