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qu’il est rompu, ou du moins troublé dans cette hypothèse. Il l’est d’autant plus, lorsque c’est autour d’elle que la Serbie et la Bulgarie gravitent politiquement, que la Russie a encore un autre point d’appui dans la péninsule, le Monténégro. On se rappelle que l’empereur Alexandre III a dit un jour qu’il n’avait qu’un ami au monde, et que c’était le prince de Monténégro. Client ou champion de la Russie, le prince de Monténégro a donné dans toute sa carrière l’exemple d’une fidélité sans défaillance : il n’a fait d’ailleurs qu’y gagner, et, poussé par un vent favorable, il semble s’acheminer doucement, mais sûrement, vers une couronne royale qui remplacera un jour sa couronne princière, devenue trop étroite à son gré. Il a fait dans ce sens un pas significatif lorsqu’il s’est donné à lui-même le titre d’Altesse royale : on peut croire qu’il n’a pas l’intention d’en rester là. Quoi qu’il en soit, les circonstances ont si bien servi la politique russe qu’à Belgrade, à Sofia et à Cettigné, elle est aujourd’hui prépondérante ; et, bien qu’elle soit sincèrement pacifique, autant, certes, que peut l’être celle de l’Autriche elle-même, il est naturel qu’on en éprouve à Vienne quelque préoccupation, ou même quelque impatience. Reconnaissons d’aDleurs que les allures de la Bulgarie, dans ces derniers temps, a plutôt confirmé que dissipé ces appréhensions.

Le comte Goluchowski s’est exprimé avec sévérité sur le compte de la Bulgarie. Il n’a rien dit sur la Serbie, et s’est contenté de lui souhaiter le plus grand succès dans ses réformes intérieures, en exprimant au surplus l’espoir qu’elle éviterait tout ce qui serait de nature à porter préjudice à ses bonnes relations avec l’Autriche-Hongrie, et à refroidir la bienveillance de cette dernière à son égard. Il y a sans doute un avertissement dans ces paroles, mais U s’applique à l’avenir, tandis que celui que le comte Goluchowski a adressé à la Bulgarie s’applique au passé. La Bulgarie a d’ailleurs inspiré des inquiétudes à tout le monde par l’activité désordonnée de son comité macédonien, activité turbulente en effet, et qui a pris quelquefois des formes criminelles, puisque plusieurs assassinats ont été commis, notamment à Bucarest. Le fait date déjà de quelques mois, mais on comprend qu’il ait causé une xive indignation au gouvernement roumain, qui s’en est plaint avec beaucoup de hauteur et a menacé de prendre des mesures énergiques, si le gouvernement bulgare n’arrêtait pas lui-même une propagande révolutionnaire capable d’user de pareils moyens. Il en est résulté pendant quelque temps, — et le comte Goluchovski l’a rappelé, — une tension assez forte dans les rapports de Bucarest et de Sofia : peut-être même a-t-on.été à la veille d’une rupture^