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Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/679

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LE PEUPLE CHINOIS ET LA RÉFORME.

à son développement moral, il s’est accompli sans les lumières du christianisme et de sa loi divine : ses principes, pour si parfaits qu’ils soient, émanent de la loi naturelle et l’autorisent à des actes que nous réprouvons, sans nous en rendre compte, par sentiment chrétien. Nous trouvons ce peuple cruel, parce que d’instinct l’homme est cruel dans ses vengeances et ses colères, mais que, chez nous, chrétiens, la nature s’est adoucie : nous avons réglé nos colères et sommes devenus clémens. Devant nos civilisations, — et sinon devant la politique, du moins devant la philosophie, — n’est-ce pas là l’excuse de la Chine pour la cruauté de certaines de ses lois, pour la barbarie même de certains de ses procédés ? Pour s’élever à notre niveau et rétablir la confiance, elle a donc d’autres dons à nous demander que la vapeur, l’électricité et les sciences : il lui faut ceux du christianisme, qui adouciront ses mœurs, aboliront ses lois cruelles et jetteront sur cette sombre humanité le rayon bienfaisant d’un monde idéal, la vie future.

Jusqu’à quel point et dans quel avenir peut-on attendre la conversion de la Chine au christianisme ? Cette immense société, qui s’apprête à rivaliser avec nous, nations chrétiennes, en vitalité et en force, sera-t-elle jamais chrétienne ? Ce n’est pas assurément là le moins intéressant des facteurs du problème chinois ; mais c’est l’un de ceux dont on ose à peine parler, parce que devant lui on s’arrête perplexe. La question commerciale, on la voit clairement avec ses résultats palpables et toujours croissans ; mais des missions, on ne sait guère qu’une chose, c’est qu’elles donnent perpétuellement maille à partir et qu’elles font peu de progrès. Comment se fait-il que, chez ce peuple, que les Jésuites nous ont décrit comme si raisonnable, cette doctrine chrétienne, qui lui apporte précisément la chose la plus essentielle qui lui manque, — la prescience d’une destinée future, — soit reçue avec cette froideur et ne semble pas y vouloir prendre racine ? Les efforts et les sacrifices qu’ont coûté et que coûtent journellement les missions en Chine, on les connaît, on les apprécie : ils sont énormes et grandioses : seulement, si l’on se livre à un examen attentif de la question, on finit par se demander, non plus quelle est la somme de ces efforts, mais bien quelle en est la valeur réelle et quel est leur effet quant au but à atteindre ; or, le résultat, tout compte fait, nous semble assez peu satisfaisant.