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Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/612

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de Lebrun, pour recevoir la nouvelle. On recommença la lecture ; tout ce personnel maté s’extasia, et il y avait de vrais patriotes qui pleuraient. Les ministres, les ambassadeurs, les conseillers d’État, emboîtant le pas les uns derrière les autres, s’en furent porter leur compliment à Mme Bonaparte.

Les Consuls avaient donné ordre de tirer vingt et un coups de canon. Hâtivement, on imprimait le bulletin en affiches. Les autorités, sachant combien Bonaparte avait à cœur de plaire aux ouvriers et de les gagner, firent porter dans les faubourgs un grand nombre d’exemplaires, afin qu’ils fussent immédiatement placardés. A la Bourse, on eut le bulletin tout de suite ; les commissaires de la Bourse se préparaient à le publier, « lorsqu’un citoyen les a prévenus en s’élançant sans échelle dans la tribune, où il en a fait la lecture avec l’émotion de la plus vive sensibilité. La salle a retenti d’applaudissemens et des cris de : Vive Bonaparte [1] ; » la hausse se produisit instantanément. Dans les quartiers du centre, la nouvelle jetait dehors toute la population, fermait les boutiques, suspendait les occupations, donnait à Paris son aspect des grands jours de fête, et voici qu’autour de la cité les faubourgs du Nord et de l’Est et du Sud, Martin, Denis, Antoine, Victor, Marceau, tous les faubourgs se lèvent. Le sentiment qui depuis quatre mois couve et progresse dans ces milieux ouvriers, l’attachement passionné à la République héroïque et militaire, personnifiée en Bonaparte, éclate tout d’un coup ; c’est une éruption d’enthousiasme.

Les ouvriers étaient comme d’ordinaire à leur travail, répartis dans les ateliers. A midi, un roulement sourd et lointain, la première détonation du canon, fait lever toutes les têtes, vibrer et tressaillir tous les cœurs : « Dès midi, au premier coup de canon, les ouvriers ont pour la plupart quitté leurs ateliers, se sont rassemblés dans les rues et sur les places pour écouter avec avidité les nouvelles. Ils se groupaient en nombre autour des placards que le préfet de police avait par ordre du gouvernement fait poser dans la ville et surtout dans les faubourgs. (Cette attention du gouvernement a fait beaucoup de plaisir.) C’est là qu’il a été facile à l’observateur de juger l’esprit public. La classe ouvrière était ivre de joie. Aux cris de : Vive la République, vive Bonaparte, succédaient les propos les plus grivois, les saillies

  1. Rapports de haute police générale conservés à la Bibliothèque nationale. Manuscrits du Fonds français, 11 361.