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Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 3.djvu/585

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enlacerait Paris et la France. A Paris, la transition entre le régime administratif de l’an III, conservé jusqu’en pluviôse, et le pur régime consulaire, fut d’abord peu sensible et ne se manifesta point par un brusque sursaut d’autorité.

Paris, sentant planer au-dessus de soi une volonté unique, celle de Bonaparte, assez forte pour protéger, assez prudente encore pour ne pas contraindre et violenter, jouissait de sa sécurité et prenait ses aises. Dans les choses qui leur tenaient le plus au cœur, les citoyens possédaient une somme de liberté fort appréciable ; ils la jugeaient délicieuse, à la comparer aux rigueurs du régime conventionnel et fructidorien.

Pour tous les cultes, c’est la tolérance absolue, à la condition qu’ils se renferment strictement dans l’intérieur des temples ; point de manifestations extérieures, les clochers toujours muets, le silence des cloches laissant planer dans l’air, par-dessus le bourdonnement de la ville, le deuil d’un éternel vendredi saint, mais les églises libres de s’ouvrir à leur jour et à leur heure ; le catholicisme remis en possession partielle ou totale d’un assez grand nombre d’églises ; ses offices extraordinairement suivis ; des environs de Paris, une foule de gens venant chaque dimanche à Saint-Gervais ou à Saint-Jacques du Haut-Pas entendre la messe des « bons prêtres [1] ; » des populations entières ressaisies du besoin de croire ; la ferveur religieuse s’affichant par conviction et par mode, avec bravoure, encore que « quelques hommes, furieux de voir reparaître ce qu’ils ont persécuté, se montrent dans les églises avec indécence et affectent de jeter le ridicule sur les femmes qui s’y livrent aux exercices de leur religion [2] ; » dans la chaire, des discours parfois imprudens, des appels aux passions contre-révolutionnaires ; en dehors des églises, beaucoup d’oratoires particuliers, très fréquentés ; çà et là, en maison discrète, un groupe de religieuses reprenant la vie commune, reprenant à huis clos la règle et l’habit de leur ordre ; des réunions d’ecclésiastiques discutant sur le plus ou moins de soumission que l’on doit en conscience aux pouvoirs temporels ; des établissemens d’éducation religieuse se préparant à rouvrir leurs portes et à lancer des prospectus dont Bonaparte arrêtera nettement la circulation. Dans les églises où les différens cultes cohabitent, les catholiques souffrent de cette promiscuité, tendent à

  1. Rapport de police du 7 prairial. Archives nationales. AF. IV, 1329.
  2. Rapport du 15 pluviôse.