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qui avait tendu les hautes salles de vilaines draperies bleues et aurore. Les Tuileries étaient assignées aux consuls comme résidence définitive, mais l’appropriation du château à ce nouvel usage, la réparation des dégâts causés par la journée du 10 août et l’invasion populaire, exigeraient quelque temps. D’ailleurs, Bonaparte était résolu d’attendre qu’il fût parvenu à une maîtrise plus complète de l’esprit public, qu’il se fût fortifié par de nouveaux et éclatans bienfaits, pour s’installer matériellement à la place des rois et monter à ce Capitole.

La session législative était pour son gouvernement une première épreuve à subir et un cap à doubler. Depuis Brumaire, il n’avait eu affaire qu’à de simples comités d’enregistrement. Maintenant, il allait se trouver en présence d’assemblées véritables, Chambre de discussion, Chambre de vote, siégeant publiquement, investies de prérogatives bien définies. Obtiendrait-il facilement de leur docilité les grandes lois indispensables, les lois complémentaires de l’acte constitutionnel, celles qui lui serviraient à recréer tous les organes de la puissance publique ?

Que seraient ces assemblées ? C’était aux trente et un premiers sénateurs nommés qu’il appartenait de les élire. Entre le 4 et le 6 nivôse, agissant sous la présidence et l’inspiration de Sieyès, sans intervention de Bonaparte, ces sénateurs désignèrent les cent tribuns, les trois cents membres du Corps législatif. Sur sept cent cinquante anciens députés, trois cent quatre-vingts, c’est-à-dire plus de moitié, se trouvèrent replacés dans les nouvelles autorités. Ainsi, de même qu’en l’an III la Convention s’était perpétuée dans les Conseils par la réélection obligatoire des deux tiers de ses membres, le personnel directorial, formé en partie des mêmes élémens, se prolongeait dans les assemblées consulaires, par l’intervention et la grâce de Sieyès. Chaque fois que la nation avait eu la parole, en l’an IV, en l’an V, en l’an VI, elle avait réprouvé ces hommes ; ils s’étaient maintenus malgré sa volonté, à coups d’arbitraire et de violence ; on les lui imposait encore une fois. Ce fait est capital : il explique le discrédit originel des assemblées consulaires, leur faiblesse congénitale, leur impuissance devant Bonaparte. Le peuple n’écoutera plus ceux qui parleront de défendre la liberté contre un tyran de génie, après l’avoir tant de fois sacrifiée à leurs intérêts et à leurs passions.

Dès à présent, le public se montrait hostile à toute velléité