Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/99

Cette page n’a pas encore été corrigée


Stanislas adressa au duc de Bourbon une réponse où se peignent l’émotion ressentie et cette gratitude sur laquelle étaient en droit de compter les auteurs du mariage : « Monsieur mon frère. Que puis-je dire à Votre Altesse Sérénissime pour répondre à une lettre qui, me saisissant le cœur et m’ôtant la parole, me mettrait dans toute l’insuffisance de lui exposer mes sentimens, s’ils étaient nouveaux et inconnus à Votre Altesse Sérénissime ?… Puisque la sainte Providence l’a tellement décidé et que votre incomparable sagesse le juge ainsi, Votre Altesse Sérénissime sait que je suis voué à Elle avec toute ma famille ; qu’Elle dispose d’un bien dont je l’avais rendu entièrement le maître. Je vous cède mon droit de père sur ma fille, en remplaçant celui d’époux qui vous était destiné. Que le Roi, qui la demande, la reçoive de vos mains… Plaise au Seigneur Tout-Puissant qu’il en tire sa gloire, le Roi son contentement, ses sujets toute la douceur et Votre Altesse Sérénissime la satisfaction de son propre ouvrage ! » En attendant la glorieuse réalisation de cet avenir, le roi de Pologne avait à trouver en quelques jours 13 000 livres, pour retirer ses pierreries chez le juif de Francfort où elles étaient engagées. Il était forcé d’avoir recours à l’amitié du gouverneur de Strasbourg pour en obtenir discrètement le prêt sur la recette de cette ville. Il échappait ainsi aux graves chicanes qu’il avait un moment redoutées, et qui auraient mis le comble aux âpres tourmens d’argent qui l’accablaient.

Des soucis d’un autre genre allaient suivre, pendant de longues semaines, la joie de l’heureuse nouvelle. Le chevalier de Vauchoux avait très promptement apporté à Wissembourg les remerciemens du duc de Bourbon et traité confidentiellement avec Stanislas les questions politiques et personnelles sur lesquelles il était nécessaire de s’entendre. Il avait trouvé chez le roi de Pologne les sentimens d’un « bon Français » et le parfait désir de se soumettre aux volontés de son futur gendre. Le secret toutefois rendait encore incertain le grand projet. Chacun comprenait qu’une haute convenance exigeait, avant d’en parler, que l’infante eût été remise à la frontière aux envoyés de Philippe V chargés de la recevoir ; mais cet événement avait eu lieu depuis longtemps et rien n’arrivait à Wissembourg tranquilliser les esprits. Sans doute, dès la fin d’avril, les douze dames du palais étaient nommées ainsi qu’une partie de la maison de la Reine, « semblable, écrit Marais dans son journal, à ce temple qu’on