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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/93

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les circonstances se trouvèrent bien différentes. La cour était on grand émoi, et M. le Duc s’était mis sur les bras une trop grave et trop fâcheuse affaire pour avoir le temps de songer à se marier.


II

Un autre mariage, plus important que celui du duc de Bourbon, préoccupait les esprits. Il s’agissait du Roi en personne, et le changement qui se produisait, dans des projets considérés jusque-là comme certains, entraînait de singulières conséquences.

Ce fut un intérêt égoïste, la crainte de perdre trop tôt leur pouvoir, qui poussa Mme de Prie et M. le Duc à renverser le mariage avec l’infante. Il y avait une parole si solennellement donnée, la présence de la princesse en France depuis trois ans était un gage tellement éclatant, que son renvoi en Espagne devait être l’insulte la plus grave que pût recevoir la cour de Madrid : la rupture des alliances, la guerre même pouvaient s’ensuivre. Rien de tout cela ne pesa longtemps sur l’esprit des ministres, en regard de l’épouvante de voir le duc d’Orléans arriver au trône. L’infante n’avait pas sept ans ; il fallait attendre de longues années avant que le mariage pût s’accomplir. Jusque-là, la vie de Louis XV était à la merci d’un accident de chasse ou d’une de ces crises de santé que le jeune homme, bien que beaucoup fortifié depuis son enfance, subissait encore de temps en temps, aux grandes alarmes de son entourage. On accusait la duchesse d’Orléans d’y songer avec trop de confiance, et de ménager à son fils, par l’alliance qu’elle lui avait procurée, le soutien de l’Angleterre et de l’Allemagne, en cas que le Roi vînt à manquer. M. le Duc vivait donc dans une peur continuelle de devenir un jour le sujet d’un rival qu’il détestait tous les jours davantage.

Le seul remède à de tels soucis était le prompt mariage de Louis XV avec une princesse en état de mettre au monde un dauphin. Il eût rassuré en même temps des conseillers plus sincères de la couronne, qui n’envisageaient pas sans inquiétude la pensée du célibat prolongé du jeune roi. On pouvait déjà prévoir, au peu d’intérêt qu’il prenait aux gentillesses enfantines de sa cousine, que ce mariage imposé ne serait pas heureux ; et, en attendant qu’il se réalisât, de nombreux écueils étaient à traverser. Les personnes autorisées que M. le Duc convoqua à ce sujet en réunion secrète furent d’un avis unanime sur