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achèvent même de les convaincre de la supériorité du vieux système en précisant dans leur esprit la comparaison d’une façon presque douloureuse.il leur est impossible de ne pas se rappeler qu’à la fin du siècle dernier, l’Europe assistait à la lutte d’une grande nation, concurrente sur mer de la France, avec une de ses colonies, révoltée contre des exigences financières excessives. D’un côté était le bon droit : de l’autre la force. La France ne se vit point contrainte aune neutralité sans gloire. Elle prit parti pour le bon droit. Ses vaisseaux osèrent tenir tête à ceux de l’Angleterre ; ils figurèrent avec honneur dans plus d’un combat, et, quand intervint le traité qui mit fin à cette guerre, la France eut à la fois la double et légitime satisfaction d’avoir fait triompher la cause de la liberté et affaibli une rivale séculaire. Nous ignorons comment se terminera la lutte épique entreprise à l’extrémité de l’Afrique, dont le dénouement menace de marquer d’une tache indélébile la dernière année du XIXe siècle. Mais il nous surprendrait que les partisans les plus déterminés des formes modernes du gouvernement démocratique se flattent de voir la France jouer dans le règlement final de cette guerre tragique le rôle prépondérant qu’elle a joué en 1783 au traité de Versailles.

Enfin nous ne pouvons nous retenir d’ajouter qu’au commencement du siècle, durant une période de réconciliation trop courte, cette famille dont, en effet, la grandeur s’est confondue pendant si longtemps avec celle de la France, a su la conduire en quinze ans de Waterloo à Alger. Mais nous ne voulons point rappeler en quels termes le ministre de la Marine de Charles X répondait aux représentations de l’ambassadeur d’Angleterre. Pour ceux qui voudraient, comme nous, voir la France aussi forte et respectée sous le régime moderne qu’elle l’était sous le régime ancien, la comparaison deviendrait trop pénible.

II


A qui étudie au contraire, avec le sincère désir d’appréhender la vérité, la longue, on pourrait presque dire l’interminable série des négociations poursuivies depuis 1663 jusqu’en 1715, il est un sentiment qui s’impose : c’est celui d’une véritable admiration pour cette puissante machine si forte dans sa structure, si infatigable dans son action, si vigilante et si prévoyante dans ses