Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/484

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


comprenant ses dépenses exceptionnelles, ne dépasse pas de beaucoup 750. Quant à la France, ses dépenses militaires ne vont pas à 900 millions. Nous savons bien que, pour l’Allemagne en particulier, les chiffres que nous donnons, officiels et ostensibles, ne sont pas complets, et que d’autres ressources encore sont appliquées à l’armée ; mais si l’on songe, en ce qui concerne l’Angleterre, que nous avons seulement parlé de son budget métropolitain, et non pas des budgets de ces colonies puissantes sur lesquels elle compte s’appuyer de plus en plus pour développer sa politique impérialiste, on voit que son budget de guerre doit encore être augmenté dans une proportion considérable, et que nous n’exagérons rien en disant qu’il est, et de beaucoup, le plus élevé qui existe dans l’univers. Malgré cela, une leçon ressort de la guerre d’Afrique, et probablement il en sera tenu compte, à savoir que l’armée de terre de la Grande-Bretagne est insuffisante pour certaines expéditions continentales. Il y a là des réformes, et par conséquent des dépenses à faire. On les fera sans doute, et le contribuable anglais s’en apercevra bientôt. On sentira le besoin de tenir de plus en plus disponible et toujours mieux en main un instrument de combat qui, malgré ce qu’il coûte déjà, ne s’est pas montré exempt de certaines défaillances et pourrait bien en éprouver ou en subir de plus graves encore.

On le voit, la Grande-Bretagne est la plus puissante des puissances militaires ; il ne lui suffit plus de l’être sur mer, elle tend à se développer sur terre ; il y a là de quoi faire réfléchir l’Europe, et aussi de quoi dissiper la légende qui représente l’Angleterre comme exclusivement consacrée aux œuvres de la civilisation et de la paix. Il s’établit naturellement, inévitablement, une sorte d’équation entre la politique suivie et l’armée destinée à la défendre. On se rend de plus en plus compte, à Londres, de cette nécessité. Tous les jours, on y parle d’augmenter encore une force qui est déjà prodigieuse, et des crédits nouveaux s’ajoutent aux crédits anciens. Néanmoins, qui peut annoncer avec certitude le dénouement de la guerre actuelle ? Les problèmes politiques et militaires ne comportent pas seulement des données matérielles, et peut-être y a-t-il, comme disait Gambetta, une justice immanente des choses, ou, comme le dit plus simplement M. Krüger, une justice divine qui intervient à son heure et qui, en toutes choses, a le dernier mot.


Francis Charmes.
Le Directeur-gérant,
F. Brunetière.