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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/479

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en Angleterre, que des avances formelles auraient été faites dans ce sens par les présidens des deux républiques de l’Afrique australe ; mais ces bruits, bien que les dernières dépêches le confirment expressément, rencontrent peu de confiance : ils auraient besoin d’être précisés et expliqués. Certes, la paix serait possible si l’Angleterre revenant, le lendemain de ses victoires, à des sentimens plus généreux ou à une politique plus habile, consentait à ménager la dignité et l’indépendance des petites républiques africaines. Il y aurait alors un soulagement pour l’humanité tout entière, et l’opinion des deux mondes, qui s’est détournée de l’Angleterre avec une si parfaite unanimité, lui reviendrait non moins unanimement favorable. Mais rien ne fait croire, bien au contraire ! que les choses doivent tourner ainsi. À en juger par la lecture de ses journaux, l’Angleterre, enivrée par le succès, montre une âpreté plus grande encore que par le passé dans ses revendications contre le Transvaal et l’Orange, non pas que les ambitions impériales aient été réellement moindres autrefois, mais parce qu’on n’osait pas alors les avouer tout entières. On le fait aujourd’hui sans réticences. On demande l’annexion des républiques à l’Empire britannique. Le but réel de la guerre, tel que nous l’avons d’ailleurs indiqué dès le premier jour, apparaît désormais sans voiles. Il s’agit de supprimer par la force un centre d’opposition contre le pan-britannisme que la politique de M. Chamberlain a toujours voulu et veut plus que jamais faire prévaloir dans toute l’Afrique orientale ; et ce n’est pas au moment où cette politique paraît sur le point de briser l’obstacle opposé par la résistance des Boers qu’elle s’arrêterait dans sa marche triomphale. L’annexion, la conquête, la suppression brutale d’une nationalité, on n’entend point parler d’autre chose à Londres. Dès lors, comment la paix pourrait-elle se conclure ? Le plus probable est que la guerre continuera jusqu’à ce que le plus faible, ayant perdu tout son sang et toutes ses forces, ait succombé sur un dernier champ de bataille. En attendant, le président Krüger, dans un manifeste qu’il a adressé à ses compatriotes, et depuis, dans un discours qu’il a prononcé à Blœmfontein, a affirmé l’union des deux républiques dans une même volonté de maintenir leur indépendance, dans une même résolution de la défendre par les armes, et enfin dans une même espérance de voir la justice divine faire pencher la balance dans le sens de la justice humaine et du droit. La paix ne paraît donc pas prochaine, et la guerre, avec les incertitudes qu’elle contient encore, ne touche pas à son terme. L’humanité sera soumise à de nouvelles épreuves ; elle en gémira ; mais, comme elle ne fera pas