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Ce symbole effrayant, ce colossal menhir,
Qui, du glaive géant que Dieu seul peut tenir
Reçut plus d’une cicatrice,
Et qui, jailli brûlant du chaos, se figea,
Aux aïeux prosternés apparaissait déjà
Dans sa puissance évocatrice.

Et sur la terre, où tout en poussière finit,
Tant que la sentinelle énorme de granit
Veillera sur ces lieux funèbres,
Les mythes abolis et les obscures fois
Sentiront par instans, sacrés comme autrefois,
Tressaillir leurs lourdes ténèbres.


LE DIX-CORS


La forêt murmurante et calme et sans courroux
Qu’enflent les brises, telle une mer qui moutonne,
A revêtu déjà sa parure d’automne,
Mêlant les tons d’or fauve aux tons de cuivre roux.

L’astre prêt à sombrer dans les houles rougies
Ajoute son éclat triomphal et vivant
Aux rouilles du feuillage agité par le vent,
Et dans la mort prochaine exalte ses magies.

La frondaison de pourpre est comme un bloc ardent
Que sillonne de l’ambre en fluides traînées ;
De rubis somptueux les cimes couronnées
Y bercent les splendeurs d’un auguste Occident.

Voici l’heure idéale et fraîche où chaque harde,
Mâles, biches et faons, sort des épais taillis
Sous les obliques feux du grand soleil jaillis,
Criblée aussi des traits étincelans qu’il darde.

Fuyant les vils troupeaux et farouche comme eux,
Un vieux cerf, isolé dans la haute avenue
Où plus d’un hêtre incline une tête chenue,
S’avance en élevant son bois lourd et rameux.