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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/393

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pour profiter de toutes les ressources d’étude qu’il rencontrerait sur son chemin, et ses nombreux voyages devaient encore développer en lui une ardeur d’apprendre qu’il conserva toute sa vie. Son humeur sociable lui venait sur ce point puissamment en aide. Désireux d’approcher les hommes les plus éminens de son époque, il arrivait bien vite avec eux à une étroite intimité. Sa perspicacité lui faisait découvrir le vrai mérite partout où il se trouvait et, grands ou petits, il jugeait les gens avec la plus entière liberté d’esprit. Très sincèrement religieux et catholique pratiquant, il avait pour amis non seulement des princes de l’Eglise et de simples curés de campagne, mais des protestans, comme Samuel Petit de Nîmes, ou des israélites, comme « le bon rabbin » Azubi de Carpentras. Dans tous les pays, il comptait les amitiés les plus sûres et les plus dévouées. Il avait hâte de reconnaître, par les attentions les plus délicates, les bons procédés qu’on avait eus à son égard, et ses présens, toujours appropriés aux goûts de ceux auxquels il les destinait, étaient offerts avec une simplicité et une bonne grâce qui ajoutaient singulièrement à leur prix.

On conçoit que, dans ces conditions, la correspondance de Peiresc ait été fort étendue. Très ordonné sur ce point comme en toutes choses, « il corrigeait, notait et apostillait, nous dit J. Bouchard, qui fut un de ses hôtes, toutes les lettres qu’il recevait, » puis les faisait « transcrire dans un registre, comme il faisait aussi de toutes celles qu’il envoyait. » Ces registres, dont un grand nombre sont déposés à la Bibliothèque Inguimbertine de Carpentras, sont pour nous aujourd’hui doublement précieux. Outre qu’ils nous ont conservé bien des copies de lettres maintenant disparues, ces copies, dont quelques-unes sont corrigées de la main de Peiresc, sont aujourd’hui bien plus facilement lisibles que les originaux dont l’écriture minuscule et indéchiffrable a plus d’une fois découragé la patience de ceux qui voulaient les consulter. Bien qu’il eût pu, ainsi que le faisaient alors la plupart des érudits, employer le latin ou l’italien dans sa correspondance, Peiresc s’est presque toujours servi du français [1]. Son style, très naturel et très précis, a du trait, de la saveur. Avec une singulière propriété d’expression, ses images sont vives et ses tours très personnels.

Après ces pérégrinations à travers l’Europe, Peiresc s’était

  1. Cependant, sur la demande de Rubens, qui, de son côté, employait l’italien, c’est aussi en italien qu’il lui écrivait.