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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/373

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restaurans. La science occidentale est mise à contribution. Si le gouvernement de Yedo nous demande des instructeurs militaires, les Satsuma et d’autres daïmios appellent les étrangers pour obtenir d’eux le moyen d’être invincibles et de les congédier. En général, les Européens ne comprennent rien à ce qui se passe.

Des missions japonaises sont envoyées en Europe et ceux qui les composent se rendent compte de l’infériorité du Japon, ’mais, de retour au pays, le respect des illusions communes, leur jeunesse, l’impuissance à convaincre de belliqueux et vaillans matamores, et aussi la perspective d’être bientôt les premiers à pouvoir, en connaissance de cause, bénéficier sur les espérances déçues et les fautes commises, toutes ces raisons leur ferment la bouche et les rangent en souriant sous une politique dont le programme n’est plus que de renverser le shogunat afin de chasser l’étranger.

A la première bataille, le shogunat fut par terre. Le dernier Tokugawa, Keiki, homme intelligent, plus habile à tourner une poésie chinoise qu’à conduire une armée, fatigué de la lutte avant même d’avoir lutté et trop heureux que sa faiblesse pût à la rigueur se décorer du nom de patriotisme, abandonna ses vassaux du Nord, et, sans une pensée pour ses navires et ses régimens épars, il se rendit. La révolution était consommée à l’ébahissement des révolutionnaires. On croyait le shogunat puissant, et voilà que cette énorme machine vermoulue se disloquait d’elle-même et s’effondrait. La terre ne tremblait point au choc de ses débris. Ils n’y soulevèrent qu’un nuage de poussière, dont l’évanouissement découvrit, debout sur les rivages, les Puissances européennes toujours calmes, mais énergiques et réclamant du jeune et nouvel empereur l’exécution des promesses shogunales.

J’ai eu l’honneur de m’entretenir avec plusieurs des chefs impérialistes qui menèrent ce coup d’Etat et qui, de simples samuraïs, passèrent dans la suite grands politiques et grands dignitaires de l’Empire : le marquis Ito, le maréchal Yamagata, le comte Okuma. Tous sont tombés d’accord que la soudaineté de leur victoire les avait confondus. Mais la conclusion qui s’en impose, elle est toute en ces paroles d’un autre Japonais : « Pour notre malheur, me disait-il, la révolution n’a pas assez duré. Les petits poissons montent facilement à la surface ; il faut un long bouleversement pour que ceux qui dorment au fond de la