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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/343

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l’empereur, de l’impératrice et des chambellans descendirent du parc mystérieux et s’arrêtèrent au pavillon. Les souverains en montèrent silencieusement les degrés : lui, toujours en général ; elle, vêtue d’une robe vieux rose aux reflets d’or et coiffée d’un chapeau à plumes. L’impératrice Printemps a vieilli, mais, si le temps a fané son visage et appuyé sur l’indécision charmante de ses traits, elle a gardé sa mignonne gentillesse, et ses yeux retroussés vers les tempes ont une douceur vaguement étonnée qui contraste avec la gravité un peu raide de son maintien. Debout devant leurs fauteuils, l’empereur et l’impératrice, dont les plumes atteignaient à peine l’épaule de son mari, écoutèrent les panégyriques que leur lurent le gouverneur de Tokyo et le président du Comité. Ils y répondirent par trois faibles inclinations de la tête et du buste, puis ils regagnèrent leurs carrosses. L’impératrice, que sa robe gênait un peu, redescendit plus lentement que l’empereur, et chaque pas qu’elle faisait communiquait une légère vibration à toute sa petite personne.

L’auguste équipage repartit aux applaudissemens de la jeunesse écolière. Heureux écoliers dont les pères ne connurent jamais la joie de manifester bruyamment leur amour du souverain ! Ils se prosternaient sur le passage d’un simple daïmio ou se détournaient comme indignes de le regarder en face. Ce fut après la guerre de Chine que, pour la première fois, le monarque entendit autour de lui ses sujets battre des mains. Mais qui applaudit juge, et, s’il ne siffle un jour, saura du moins faire parler son silence. Les adolescens, qui, encouragés par leurs maîtres, prodiguaient ces marques de faveur au petit-fils du Soleil, ne se rendaient pas compte, sans doute, qu’en cet anniversaire ils consacraient ainsi la plus invraisemblable victoire qu’une nation asiatique ait remportée sur l’absolutisme de son maître. « N’applaudissez pas, jeunes gens ! pourrait s’écrier l’empereur, car, au bruit de vos applaudissemens, c’est ma divinité qui s’écroule. »

Les souverains disparus et rentrés dans leur impénétrable isolement, la fête commença, et nous vîmes s’avancer le fameux cortège du daïmio qui avait éveillé tant d’impatience. Je ne pense pas que jamais un peuple ait donné à son cérémonial une figure plus bizarre. Des hérauts ouvraient la marche à grandes enjambées lentes, pliantes et cadencées. Les archers, leurs arcs à l’épaule, les fusiliers, leurs fusils roulés dans des fourreaux d’étoffe rouge, menaient avec lenteur un (étrange ballet. Ils