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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/337

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lui venaient de sa mère, cette pauvre Dauphine Bavière dont nous avons raconté la vie et la fin également mélancoliques. Avant d’offrir ces pendans d’oreille à sa belle-sœur, le roi d’Espagne « consulta Mme de Maintenon pour savoir si ce présent n’était pas trop petit et la priant ensuite d’aider à le faire recevoir agréablement à Madame la duchesse de Bourgogne [1]. » Ces bijoux ne portaient évidemment pas bonheur. Celle qui les recevait devait, comme la Dauphine, mourir à trente ans, et celui qui les donnait ne devait jamais la revoir.

Ainsi s’écoulaient les jours en attendant la date fixée pour le départ du nouveau roi. Dans l’âme pure du duc de Bourgogne, aucun sentiment de jalousie ne paraît s’être élevé contre ce cadet qui se trouvait déjà porté à l’un des premiers trônes de l’Europe, tandis que lui-même devait, suivant toutes les prévisions humaines, attendre si longtemps celui auquel il était appelé. Il avait spontanément demandé à Louis XIV, ou plutôt (car son grand-père lui faisait un peu peur) il avait chargé Beauvillier de demander pour lui la permission d’accompagner son frère jusqu’à la frontière d’Espagne. Ce voyage en commun, qui retardait le moment de la séparation, était aussi pour lui une occasion unique de compléter son éducation de prince, et d’apprendre à connaître, province par province, ville par ville, la plus grande partie du pays sur lequel il devait régner. « Le Roi répondit à M. de Beauvillier que Monseigneur le duc de Bourgogne lui faisoit plaisir d’avoir pensé à cela, que non seulement il le trouvoit bon, mais qu’il y enverroit le duc de Berry avec lui [2]. » Pour mieux entrer dans les désirs du duc de Bourgogne, Louis XIV décida qu’après avoir conduit leur frère jusqu’à la Bidassoa, les deux jeunes princes effectueraient leur retour par le Languedoc et la Provence. C’était les deux tiers de la France d’alors que le duc de Bourgogne allait ainsi apprendre à connaître, et son absence devait durer plusieurs mois.

Voyage de prince n’était pas alors chose facile à organiser, et surtout un voyage comme celui-là, qui soulevait de nombreuses questions d’étiquette. C’était un souverain étranger qui allait traverser la France, mais il était escorté par deux princes français, dont l’un était l’héritier présomptif de la couronne, et on ne pouvait pas non plus oublier tout à fait que ces trois princes étaient

  1. Dangeau, t. VII, p. 437.
  2. Dangeau, t, VII, p. 422.