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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/336

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mais de politesses officielles. Le roi d’Espagne rendait d’abord au duc de Bourgogne la visite qu’il lui devait, comme s’il eût été un souverain étranger nouvellement arrivé à la Cour. Le duc de Bourgogne venait recevoir son frère à la porte d’entrée de son grand appartement, mais il avait soin de ne pas dépasser les marches qui descendaient de cet appartement dans la salle commune avec celui de la duchesse de Bourgogne ; c’était ce qu’on appelait recevoir au haut du degré. Durant toute la conversation qui fut courte, les deux princes se tinrent debout. Même cérémonial lorsque, quelques jours après, le roi d’Espagne rendit visite au duc de Berry. Mais la duchesse de Bourgogne n’y mettait pas tant de façons. Elle ne put se tenir d’aller voir le roi d’Espagne dans son petit cabinet où, probablement, celui-ci la fit asseoir, et le roi d’Espagne lui rendit de même sa visite, sans aucune réception ni cérémonie, ce qui paraît avoir contriste beaucoup Breteuil. Toujours un peu espiègle, elle se cacha même un jour dans la ruelle du lit pour entendre les complimens adressés à son royal beau-frère par l’Académie française, qui, rapporte Breteuil, « ne fut pas conduite, mais seulement présentée par le grand maître et le maître des cérémonies, par une distinction et une prétention du grand maître des cérémonies que l’Académie prétend être nouvelle [1]. »

Ainsi s’écoulaient les journées, le roi d’Espagne se prêtant à toutes ces cérémonies avec la gravité qui lui était naturelle et dont, au dire de Mme de Maintenon, « il avait été prévenu dès le ventre de Madame sa mère [2]. » Mais le soir, la famille et la nature reprenaient leurs droits. Que ce fût à Versailles ou à Marly, où la cour se transporta pour quelques jours, les trois princes se réunissaient après souper avec la duchesse de Bourgogne chez Mme de Maintenon. Là ces jeunes êtres, à la veille d’une séparation qu’ils savaient devoir être longue, mais qu’ils ne prévoyaient pas éternelle, jouissaient ensemble des derniers jours d’une intimité qui allait bientôt finir. La gaieté de leur âge prenait le dessus sur la tristesse du prochain départ et les préoccupations du lendemain. Ils se livraient ensemble à de petits jeux, dansaient aux chansons et jouaient même à cligne-musette. Ce fut un de ces soirs que le roi d’Espagne, s’approchant un peu gauchement de la duchesse de Bourgogne, la pria d’accepter, en souvenir de leur mutuelle affection, de fort jolis pendans d’oreille en diamans qui

  1. Dangeau, t. XVIII, Appendice. Reconnaissance du duc d’Anjou, etc., p. 350.
  2. Correspondance générale, t. IV, p. 376.