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LA PETITE DERNIÈRE. 25

— Résignons-nous, soupira Hervé en se levant, si nous nous attardions davantage, nous ne trouverions plus de place, et je tiens cette fois à voyager avec vous.

— Mais le commandant ?

— Vous le planterez là... D’ailleurs, s’il vous voit déjà installée dans l’un des breaks, il n’aura plus de raison pour insister... C’est pourquoi il faut nous caser au plus vite... Ils se hâtèrent, mais, quand ils atteignirent l’endroit où ils avaient déjeuné, les voitures étaient déjà prises d’assaut : ils avisèrent Tonia, Lucile et Salbris qui grimpaient dans le dernier break...

— Il n’y a plus qu’une place ! déclara aimablement M me Desjoberts, et je vous l’ai réservée, monsieur Rivoalen...

— Bah ! répliqua celui-ci, en se serrant un peu !...

— Du tout ! nous serions tassés comme des harengs... Et puis, nous désobligerions M. Le Dantec, si nous le privions de sa compagne de voyage... N’est-ce pas, commandant, continua Tonia en interpellant le marin qui se tenait près du panier encore vide, vous pouvez vous charger de ma petite sœur ?

— Non seulement je le puis, répondit Le Dantec, mais je le désire absolument... Je dois remplir ma mission jusqu’au bout... Montez, mademoiselle Paulette !

« La petite dernière, » mise ainsi au pied du mur, lança un regard navré dans la direction de Rivoalen, puis se décida à obéir, tandis qu’Hervé, furieux, escaladait le marchepied du break. Le panier conduit par le commandant détala le premier et fila vivement sur la route, laissant loin derrière lui les autres voitures bondées de voyageurs. Le ciel s’était découvert ; le soleil déclinant rougissait de ses rayons obliques les haies touffues qui bordaient le chemin, les champs de blé noir et les chaumières éparses dont on apercevait çà et là, parmi les pommiers du courtil, les toits trapus nimbés d’une fumée bleue. Les landes fleuries d’ajoncs exhalaient au passage leur odeur embaumante, et le silence de cette campagne solitaire, succédant au brouhaha du pèlerinage, donnait une impression de mélancolique sérénité. Néanmoins, en dépit de la paix lumineuse du paysage, Paulette ne pardonnait pas encore au commandant de l’avoir enlevée à la compagnie de Rivoalen. Jusqu’à Plomodiern, elle garda une attitude boudeuse et ne répondit que par de brefs monosyllabes à l’affectueuse sollicitude du mentor qu’on lui imposait. Mais, si ses