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Mais, si les dissensions que de trop nombreuses expériences permettaient d’appréhender ne se sont pas produites dans les missions françaises du Nil, d’autres incidens, bien imprévus ceux-là, apportèrent de terribles entraves aux progrès de M. Marchand. Malgré les avis qu’elle avait reçus en temps utile pour préparer le service des transports de la côte à Brazzaville, l’administration du Congo français se trouva si notoirement inférieure à sa tâche, qu’aucun des convois ne put être acheminé dans les délais prescrits, et que M. Marchand, arrivé le dernier, alors que tous, ou presque tous ses colis eussent dû déjà se trouver sur le Haut-Congo, fut obligé d’assurer lui-même le service et la police de sa route de ravitaillement. Bien mieux : dans les premiers jours de 1897, sans que rien eût laissé soupçonner un tel état de choses, la même administration accusa par télégramme un déficit budgétaire si formidable, qu’il ne pouvait plus être question de pourvoir aux dépenses de la mission par les procédés financiers convenus avec la commission compétente de la Chambre.

Ce fut le rôle du ministre des Colonies d’obvier à ces lamentables accidens. En quelques semaines, il dut négocier avec le chemin de fer du Congo belge un accord permettant de dégager d’une partie des transports la route pédestre des porteurs du Congo français, et conclure avec une société française une convention assurant pour l’avenir un service régulier de portage. Puis il chercha de l’argent, ce qui n’est pas précisément aisé dans un système politique où l’on voudrait tout avoir sans jamais rien payer. Il fut assez heureux pour découvrir une autre colonie, qui laissait sur l’exercice un notable excédent de recettes ; plus heureux encore, quand le Parlement l’autorisa à employer cet excédent à combler la majeure partie du déficit du Congo. Quelques changemens de personnes, quelques réformes administratives de détail empêchèrent pour l’avenir le retour de semblables mécomptes. A dater de ce jour, on fut assuré que l’expédition des convois de la mission Marchand s’opérerait dans des conditions régulières. De fait, aucun retard ne survint plus de ce chef. On a dit et répété que, par une inexcusable incurie, la mission Marchand était