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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/279

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l’attention de l’univers politique tout entier. Et cette étude ne sera point oiseuse, si quelques lecteurs seulement y puisent la notion des lourdes charges qui pèsent sur le pouvoir et de l’énorme tâche qu’il y a, de notre temps, à vouloir mener une entreprise de longue haleine sur le terrain colonial.


I

C’est le 24 février 1896 que M. Guieysse, alors ministre des Colonies dans le cabinet Léon Bourgeois, signa les instructions qui ont conduit à Fachoda la mission Marchand. Il le fit avec l’adhésion préalable, sinon même à l’instigation du ministère des Affaires étrangères, et disposa les choses de manière que personnel et matériel fussent acheminés le plus rapidement possible vers le Congo français, point initial de la mission. Le départ eut lieu en trois échelons, aux dates des 25 avril, 10 et 25 mai, si bien que M. Marchand, son interprète, et quelques caisses de munitions restaient seuls à mettre en route au début de juin.

Y avait-il dans cette initiative l’un de ces « coups de tête » que l’on a si souvent, quoique bien à tort, reprochés à l’administration coloniale ? Le pavillon de Flore cherchait-il à mettre le quai d’Orsay en présence du fait accompli, pour l’obliger à rehausser le ton de ses négociations avec la Grande-Bretagne ? Celle-ci était-elle en droit d’accuser la France de se montrer à son égard injustement agressive, inopinément sournoise ? Notre gouvernement avait-il proportionné les moyens mis à la disposition de M. Marchand au but qu’il lui avait assigné ? Autant de questions posées par les polémiques de presse, auxquelles les débats parlementaires n’ont pas encore répondu.

On l’a dit déjà, mais il y faut insister : l’administration coloniale ne se décida, dans la circonstance, qu’à la requête de la diplomatie française. M. Marchand avait, dès septembre 1895, arrêté ses projets concernant le Bahr-el-Ghazal. Les difficultés et les risques d’une pareille entreprise retinrent l’attention et la décision des techniciens, sans parler même de la gêne financière où se rencontre toujours l’action coloniale, lorsqu’elle doit se faire sans éclat. Pour lever ces multiples objections, il ne fallut rien moins que l’extrême insistance du ministère des Affaires étrangères : il cherchait sans doute de ce côté un commencement de réparation aux déboires qu’il avait éprouvés en ne réussissant