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essayait de résister, à un désastre complet, a pris son parti sans hésitation et sans perte de temps ; il s’est replié en bon ordre sur la route de Bloemfontein, jusqu’à une distance assez considérable pour échapper aux prises immédiates de son redoutable adversaire, et pour permettre à des renforts de venir le rejoindre et l’appuyer. La nouvelle a couru d’abord à Londres qu’il était cerné et perdu ; depuis lors, il a fallu en rabattre et reconnaître que la situation, à ce point de vue, restait incertaine. On a même pu craindre un moment que le général French, après avoir si brillamment dégagé Kimberley, ne fût à son tour menacé sur ses derrières, c’est-à-dire sur la ligne de ses communications avec le Sud : les Boers, en effet, quoiqu’en retraite sur le point principal, ne laissaient pas de tenir l’ennemi en respect sur plusieurs autres et même d’y remporter des avantages partiels. En somme, la marche hardie du général French sur Kimberley a eu surtout pour conséquence, en débloquant la ville, de faire subir une sorte d’ébranlement à toute la ligne de bataille des Boers. Ils se sont sentis atteints à un endroit sensible : aussitôt il y a eu de leur part comme un mouvement de recul presque général. On a compris alors que l’armée anglaise, munie enfin de tous ses renforts, entrait décidément en scène, et qu’une nouvelle phase s’ouvrait pour la guerre. Pourtant Ladysmith n’a pas été délivrée comme Kimberley, et c’est seulement ce dernier point que l’armée boer a dû abandonner.

Nous ne sommes pas encore fixés sur la gravité de l’événement. Jusqu’ici, les nouvelles ultérieures sont rares, ou tellement contradictoires qu’il est bien difficile d’en tirer une lumière certaine. Pour son compte, le War Office n’en a pas communiqué depuis plusieurs jours à la presse, Ce qui permet de croire qu’il n’y a eu encore aucune action décisive. Tout ce qu’on sait, ou tout ce qu’on croit savoir est que les Anglais, disposant enfin de la totalité de leurs forces et dirigés par des chefs habiles, poursuivent Kronjé avec la plus grande vigueur, et qu’ils cherchent à le prendre ou à le détruire : s’ils y réussissent, la route de Bloemfontein, capitale de l’État libre d’Orange, leur sera ouverte, et ils pourront se livrer à des combinaisons nouvelles pour la suite de la campagne. Sans doute aussi, dans cette hypothèse, les Boers seraient obligés de lever le siège de Ladysmith et d’évacuer le Natal. Les Anglais auraient alors refoulé la guerre jusque chez l’ennemi. Mais il s’en faut encore que ces résultats soient acquis, et, quand ils le seront, à supposer qu’ils le soient un jour prochain, rien ne sera terminé. Les Boers, qui ont si hardiment profité des premières et lourdes fautes des Anglais pour envahir leur territoire et qui les y ont tenus si longtemps