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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/215

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puisqu’il n’est pas possible d’augmenter indéfiniment le poids du plomb, trouver un moyen de rendre sensible le contact avec le fond.

Un inventeur de génie aborda ces, questions et les résolut à peu près complètement. Malheureusement cet inventeur était Français, et parmi nous, les choses de la mer ne parviennent pas à conquérir la sympathie du public. Ses mémoires scientifiques passèrent inaperçus. Après qu’il eut péri d’un accident de cheval à trente-six ans, les étrangers, peut-être ignorant ses travaux, peut-être ne les ignorant pas, redécouvrirent ses découvertes, et, se mettant à plusieurs pour refaire ce qu’il avait fait seul, ils en tirèrent gloire et profit. Je veux parler d’Aimé, professeur au lycée d’Alger, mort en 1846. Aimé opéra de la façon suivante.

Il prit une ligne en soie tressée plus résistante et d’un frottement moindre contre l’eau. Pour atteindre les grandes profondeurs, il combina une série de lignes, d’abord assez fines mais se raboutant en portions de plus en plus grosses. Et encore, dans les parages examinés par lui, la profondeur qu’il appelait grande était à peine de 2 000 mètres. Aimé augmenta les améliorations en inventant un dispositif qui, au moment où le poids arrivait au fond, permettait par l’envoi d’un messager représenté par un anneau de plomb enfilé sur la corde, de détacher le poids. La ligne allégée était alors remontée sans difficulté puisqu’elle ne supportait plus que le système de déclenchement fort léger et d’ailleurs muni d’une petite cavité destinée à se remplir d’un échantillon du fond. Mais, pour faire agir le messager et détacher le plomb, il était indispensable d’être averti de l’instant où le plomb touchait le fond. A cette fin, Aimé imagina l’instrument qu’on désigna du nom assez impropre d’accumulateur. Le sien était fort simple ; il se composait de deux poulies attachées à une vergue sur lesquelles passait une corde soutenant à l’une de ses extrémités un contrepoids et à l’autre une troisième poulie sur laquelle courait la ligne de sonde. Le contrepoids équilibrait la ligne et son plomb. Aussitôt que celui-ci reposait sur le sol, la diminution de tension s’accusait par une descente brusque du contrepoids. On relevait alors légèrement, on envoyait le messager, le plomb se détachait et la ligne était relevée avec rapidité, sans difficulté ni fatigue, bien que la profondeur fût déterminée avec précision.

Les études d’Aimé ne se bornèrent point là ; il les appliqua à la plupart des autres branches de l’océanographie, la physique et