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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/195

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ANNIBAL CARRACHE.

exécutées lorsqu’elles lui paraissaient imparfaites. Le cas échéant, il recommençait plusieurs fois le même travail.

Il n’appartenait qu’au seul Michel-Ange de peindre, sans aucun concours étranger, la voûte de la Sixtine. Annibal ne tenta pas d’accomplir une tâche au-dessus de ses forces. On a déjà noté qu’il recevait quotidiennement au palais Farnèse la nourriture pour lui et deux jeunes gens ; c’étaient ses aides, à coup sûr. Avec l’assentiment du cardinal, il fit venir à Rome son frère Augustin. Le Dominiquin et d’autres artistes bolonais participèrent probablement aux travaux de la Galerie. Malvasia va beaucoup plus loin ; il affirme que Louis Carrache se rendit, à la demande de son cousin, dans la ville des papes et qu’il retoucha toutes les peintures. Retoucher des fresques ! L’assertion est audacieuse. En composant son important ouvrage de la Felsina Pittrice, Malvasia a constamment obéi au désir de relever le mérite des peintres romagnols et surtout de ceux qui ont fait de Bologne leur résidence habituelle. L’amour du clocher, chez lui, obscurcit le jugement. De parti pris, le critique sacrifie Annibal aux deux autres Carrache. Il confesse, à la vérité, dans un autre passage de son livre, que Louis ne passa que douze jours à Rome, du 31 mai au 12 juin 1602. On ne comprend pas que l’écrivain ait laissé échapper cet aveu ou que l’aveu ne l’ait pas conduit à se corriger. Comment, en effet, l’aîné des Carrache s’y serait-il pris pour remanier en douze jours le travail de plusieurs années ? J’ai même de fortes raisons de douter que l’ignudo qui accompagne le médaillon de Syrinx soit de sa main, comme le veut la tradition.

Augustin collabora effectivement à la décoration de la galerie. Les historiens s’accordent à reconnaître qu’il a peint la Galatée parcourant les mers et l’Aurore enlevant Céphale. À examiner avec attention ces tableaux, on reconnaît aussitôt que leur coloris ne se retrouve pas ailleurs. Ce sont des oppositions de tons qui, étant donné le mode adopté par le peintre, constituent des dissonances inattendues. Seul, parmi les nombreux personnages de la galerie, le triton qui enlace Galatée a les cheveux franchement noirs. Cette couleur a été certainement choisie en vue de produire un contraste piquant avec la blonde capellatura de la Néréide. L’Aurore enlevant Céphale soulève des remarques non moins frappantes. Le ciel d’un bleu intense, presque égyptien, tranche crûment avec les chevaux dont les croupes d’une blancheur de neige se détachent en vigueur. Là aussi éclatent des