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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/173

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ANNIBAL CARRACHE.

vieillard accroupi, le front ceint de laurier, semble attendre la décision d’Hercule pour l’enregistrer sur ses tablettes[1]. Le célèbre apologue de Prodicos, dont parle Xénophon dans les Mémoires de Socrate, a fourni la donnée de cette composition. Le Tasse s’en était déjà inspiré dans la scène où il montre Herminie hésitante entre l’Honneur et l’Amour.

Dans l’ovale ménagé en face des fenêtres, Hercule, en pleine possession de sa force, un genou en terre, porte sur ses épaules le globe céleste qu’il maintient d’une main et fait tourner de l’autre. Deux vieillards sont assis à droite et à gauche ; le premier a une sphère pour attribut, le second des instrumens astronomiques. C’est le fils de Jupiter à l’époque de ses rudes travaux. Hercule, entouré de ses glorieux trophées, paraît dans le second ovale, à demi couché, une jambe étendue, l’autre repliée. En face de lui le sphinx sur une base où sont inscrits ces mots : Πονος του ϰαλος ἡσυχαζειν αιτιος (Ponos tou kalôs hêsuchazein aitios). Le héros a mérité le repos qui lui est accordé ; il peut interroger le destin sans inquiétude.

Les lunettes placées aux extrémités de la pièce célèbrent les actions d’Ulysse. D’un côté, c’est le vaisseau grec passant près de l’île des Sirènes ; celles-ci font entendre leur chant fatal, mais Ulysse a eu soin de boucher avec de la cire les oreilles de ses compagnons, et lui-même, désirant jouir sans péril de l’enivrante musique, s’est fait solidement attacher au mat du navire. Annibal l’a représenté au moment où, captivé par la mélodie, il fait des efforts désespérés, mais inutiles, pour se détacher, tandis que Minerve, qui lui a inspiré le stratagème, se tient en arrière, étendant sur son favori un bras tutélaire. — De l’autre côté, le fils de Laërte reçoit des mains de Circé la coupe magique. Déjà ses compagnons, victimes de leur imprudence, sont changés en bêtes ; l’un d’eux se vautre au premier plan, avec une tête de pourceau. Homère raconte, au dixième chant de l’Odyssée, qu’Ulysse accepta le perfide breuvage, mais après y avoir subtilement mêlé le suc d’une plante salutaire que les dieux appellent μῶλυ (môlu). Afin de remédier à l’insuffisance de la peinture, impuissante à représenter des actions successives dans une même composition, Annibal fait intervenir Mercure qui, se glissant derrière Ulysse, invisible pour tous, dépose l’antidote dans la coupe.

Dans l’une des lunettes, en face des fenêtres, Amphinomos

  1. L’original se trouve actuellement au Musée de Naples. La copie du palais Farnèse a poussé au noir : elle est aujourd’hui à peu près indéchiffrable.