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de supériorité due au talent est écartée, — parce que le roman réaliste en est avec Le Sage à ses débuts, il y a de l’histoire d’Espagne mêlée au Gil Blas, et ce n’en est pas le meilleur. Mais, dès que le roman réaliste a pris conscience de lui et s’est démêlé de ses entours, avec Marivaux, dans Marianne, dans le Paysan parvenu, le roman réaliste n’est plus historique du tout.

Et, à l’autre extrémité de la série, on a vu M. Zola se tenir ferme pendant longtemps sur le terrain limité du roman réaliste, puis, moins sûr de son objet et de son dessein et des règles qu’il s’était imposées lui-même, par la Débâcle, par Lourdes, en partie, par Rome, en partie, laisser le roman historique pénétrer dans son œuvre et s’y mêler.

C’est donc le roman réaliste, triomphant à partir de 1850, qui a tué le roman historique comme son contraire et comme son « antipathique » ainsi qu’on a dit au XVIIe siècle.

Et c’est bien pour cela que seuls ont encore donné dans le roman historique, à partir de 1850, les survivans du romantisme, Flaubert et Hugo.

Seulement voici terminée et depuis longtemps, pour recommencer certainement plus tard, l’évolution du roman réaliste. Il est épuisé. Il s’épuise relativement assez vite, les « mœurs contemporaines » étant un champ, en définitive, assez limité, et un La Bruyère suffisant pour trente ans, et par conséquent dix romans brillans et deux cents romans estimables devant largement suffire pour le même laps de temps. Le roman réaliste peut dire aujourd’hui : « il est temps que je me repose, » s’il est vrai qu’il soit fatigant de se répéter. Des mœurs nouvelles, vraiment nouvelles, de nouvelles manières d’être égoïste, d’être chimérique, d’être ambitieux, d’être fripon, d’être fou, de nouvelles manières, s’il est possible, d’être vicieux, lui donneront matière nouvelle et nouvel aliment, nouveau ferment surtout, vers 1920.

Et qui fera l’intérim ? Comme toujours le roman romanesque, le roman psychologique et le roman historique. J’ai noté les symptômes, qui ne laissent pas d’avoir leur importance. Il en est d’accessoires, de latéraux pour ainsi dire. Le théâtre, à l’ordinaire, en France, suit le roman, à distance respectueuse, à une dizaine d’années de distance. Songez à Augier et Dumas fils suivant Balzac. Vous pouvez remonter. La loi, sans être absolue, est assez sensible. Mais il arrive que le théâtre précède le roman, quand le roman s’attarde ; surtout quand le théâtre n’a pour précéder le