Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/141

Cette page n’a pas encore été corrigée


revanche dans les plantations de café de Ceylan comme dans les vignobles de France et dans les champs de pommes de terre en Irlande. L’Hemileia vastatrix, parasite d’une plante des jungles, se multiplia indéfiniment, du jour où elle trouva un aliment convenable dans la feuille de millions de plants de caféier. Le remède au mal était donc indiqué : il fallait substituer au café des produits nouveaux, et c’est ce que les planteurs comprirent.

Aujourd’hui, la culture du thé occupe à Ceylan le premier rang. Cette île, au dire de ceux qui en ont étudié le sol et le climat, se prête beaucoup mieux à la production du thé qu’à celle du café. Même en supposant que Ceylan n’eût jamais connu les désastres causés par l’Hemileia vastatrix, il faut encore reconnaître qu’une grande portion de l’aire de la culture du café eût donné de bien plus beaux résultats, si on l’avait affectée à la culture du thé. Ce qui caractérise le climat de Ceylan, ce sont les alternatives de soleil et d’humidité qui favorisent l’épanouissement des feuilles de l’arbuste à thé. Dans l’ouest et le sud-ouest de l’île, ainsi que dans tous les districts montagneux, il ne se passe jamais un mois sans pluie. Les averses prématurées, qui ruinaient si souvent les espérances des planteurs de café, en détruisant les Heurs de l’arbre, ne nuisent en aucune façon aux feuilles de thé. En outre, la récolte des feuilles de thé se répartit sur une période de six à neuf mois de l’année. Si les jeunes feuilles souffrent quelque dommage, le planteur n’essuiera d’autre préjudice que quelques semaines de retard, et il pourra compter pour sa récolte sur presque toute l’année, tandis que la récolte du café dépendait souvent des éventualités météorologiques d’un seul mois ; une pluie ou une sécheresse intempestives pouvaient même détruire en une semaine ou en un jour le travail d’une année entière. D’autre part, la zone propice pour la culture du café était limitée entre cinq cents et seize cents mètres au-dessus du niveau de la mer, tandis que le thé d’Assam semble se plaire parfaitement au bord de la mer, et le thé de Chine à l’altitude de dix-huit cent à deux mille mètres. L’arbuste à thé s’adapte beaucoup mieux que le caféier au sol relativement pauvre de Ceylan. Et pourtant, il a fallu bien des années pour convaincre les planteurs de la nécessité de substituer le thé au café ; c’est que la semence du thé était, au début, d’un prix élevé, et que la préparation du produit pour le marché exigeait un apprentissage ; aujourd’hui que la semence est d’un prix abordable et que la manipulation de la