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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/128

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l’archipel : c’est l’île bénie et fortunée, celle qui, entre toutes les îles chantées par les poètes, peut le mieux prétendre au titre de paradis terrestre. On la nommée le joyau de la couronne britannique. Elle nourrit une population si heureuse, que sir Edward Creasy a pu dire, dans son Histoire d’Angleterre, qu’il a vu plus de misères à Londres, en une seule journée, qu’il n’en avait vu à Ceylan pendant un séjour de neuf années.

Dans un temps où les questions coloniales occupent le premier plan, il n’est peut-être pas inutile de faire ressortir l’importance de Ceylan comme colonie. Cette île est, après l’Inde, la principale possession de l’Angleterre en Asie. De toutes les colonies de la Couronne qui relèvent de l’empire britannique, elle est la plus grande et la plus peuplée. Elle a un territoire de 64 000 kilomètres carrés, et une population de trois millions d’habitans. Il s’en faut de peu qu’elle ne soit aussi grande que l’Irlande ; elle dépasse en étendue la Belgique et la Hollande réunies, et elle est trente-sept fois plus grande que l’île Maurice.

L’Angleterre a deux sortes de colonies : les unes placées sous le contrôle de la Couronne, et administrées par un gouverneur qui ne relève que de la métropole ; les autres autonomes, ayant leur gouvernement responsable et leur parlement, de telle manière que l’intervention de la métropole est limitée au veto de la Couronne et au contrôle auquel est soumis le gouverneur. La colonie du Cap, le Dominion du Canada, les possessions australasiennes sont des colonies autonomes. Ceylan, l’île Maurice, les Antilles britanniques offrent le type de ce que les Anglais appellent Crown Colony pour les distinguer des colonies à gouvernement responsable.

Ceylan ne relève donc pas, comme on serait tenté de le croire, de l’autorité du gouvernement de Calcutta. Quoique, sous le rapport géographique et historique, elle se rattache étroitement à l’Inde, elle ne fait point partie de l’empire indien sous le rapport administratif, mais se trouve sous le contrôle direct du secrétaire d’Etat pour les Colonies, qui nomme le gouverneur avec l’approbation de la Heine. Cette anomalie est due aux rivalités qui s’élevèrent entre la métropole et la Compagnie des Indes, lors de la conquête de l’île.

Les pouvoirs du gouverneur n’ont d’autres limites que l’autorité de la lointaine métropole. En réalité, il est investi de pouvoirs presque absolus, car le Conseil exécutif et le Conseil