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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/122

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ensuite la Chambre des comptes, la Cour des aides, le Grand Conseil ayant à sa tête le garde des sceaux, la Cour des monnaies, l’Université, enfin l’Académie française, qui a pris l’habitude de complimenter le Roi, dans les circonstances solennelles, au même titre que les grands corps de l’État. Le jour de l’audience du prévôt des marchands et des échevins de Paris, les dames de la Halle, qui sont la vraie députation de la ville, viennent aussi saluer joyeusement la Reine et se faire régaler aux dépens du Roi.

De toute la pompeuse éloquence qui défile devant elle, Marie ne saurait être bien profondément touchée ; les harangues écoutées le long du voyage lui ont prodigué le même encens que celui des cours souveraines, des ambassadeurs, des Etats de Languedoc ou d’Artois. Ce qui l’émeut le plus, ce sont les allusions faites à la gloire de son père et à l’honneur de sa famille. La harangue de l’Académie a rendu un hommage tout particulier à l’éducation qu’elle a reçue par les soins d’un prince aussi cultivé : « L’Académie, a dit l’évêque de Blois, instruite de l’étendue des connaissances de Votre Majesté, ne cherche point à se définir. Si elle vous présente ici ce que l’Eglise, l’Etat, les armes et la politique ont de plus grand, elle sait assez que son objet, son travail, son utilité n’ont pu échapper à une éducation telle que la vôtre. » Au milieu de toutes ces adulations, la fille de Stanislas n’oublie pas un instant la reconnaissance et la tendresse qui l’unissent à son père éloigné. Elle lui envoie ce charmant billet, plein d’une satisfaction naïve et de l’amour qui enivre son cœur : « Mon âme est en paix, je trouve ici un contentement dont je n’osais me flatter, même sur votre parole. Je n’ai de peine que celle de ne pas vous voir, mon chérissime papa, et, s’il plaît à Dieu, elle ne durera pas longtemps. On a déjà décidé dans le conseil le cérémonial de votre réception. Sur quelques difficultés que l’on faisait à ce sujet, le Roi a dit : « Ce que je ne lui dois pas comme roi, je le lui dois comme gendre. » Jugez, cher papa, combien ce propos m’a fait de plaisir ; et ce n’est pas le Roi qui me l’a rendu. On ne respire ici que pour mon bonheur. »

Cette réception de Stanislas est la grande joie de Marie dans les premières semaines de son mariage. Prié d’abord de se rendre directement de Strasbourg à la résidence qui lui est assignée en France et qui n’est autre que le noble domaine de Chambord, une attention délicate de M. le Duc change au dernier moment son itinéraire. Le Roi l’invite à s’arrêter au château de Bourron, à