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toute la France, son plaisir est franchement joyeux. Dans la capitale, il y a eu des Te Deum à toutes les églises, et le feu d’artifice d’usage sur la place de Grève. Les réjouissances populaires durent trois jours. Les Parisiens, dans tous les quartiers, allument des feux de joie devant leurs portes et, comptant qu’il n’y aura plus ni guerre, ni méchans impôts, ni mauvaises récoltes, ils dansent et chantent des nuits entières le long des rues illuminées en l’honneur de la reine Marie.

Le séjour de Fontainebleau initie la princesse polonaise aux splendeurs de la cour de France. Dès le lendemain du mariage, a lieu une cavalcade à laquelle on a voulu donner l’éclat d’un somptueux spectacle. Le Roi est allé d’abord le long du canal, suivi de tous les hommes de la cour, dans le plus pompeux équipage ; ni les habits des cavaliers, ni les harnais des chevaux n’ont paru les jours précédens. Il en est de même des toilettes des dames, qui remplissent les carrosses de la cour. Dès qu’arrive la calèche de la Reine, le Roi met son chapeau sous le bras et l’accompagne à la portière pendant toute la promenade. Des bateaux dorés, chargés de musique, suivent Leurs Majestés à force de rames, les airs d’opéra alternant avec les fanfares. Après deux tours de canal, qui ont permis le brillant déploiement de la cavalcade, on va regarder, autour d’un des bassins du parc, la pêche aux cormorans ; le divertissement est de voir les oiseaux pécher le poisson à coups de bec et le jeter d’un mouvement brusque hors de l’eau. On montre à la Reine les grandes chasses dans la forêt, qui sont le plaisir favori de son époux. Elle voit dans le même jour forcer trois cerfs par les trois équipages différens, celui du Roi, celui de Chantilly, qui est à M. le Duc, et celui du prince de Conti ; et les échos de Franchart retentissent de la « Fanfare de la Reine, » composée en son honneur par M. de Dampierre, gentilhomme des chasses. Presque tous les soirs, il y a spectacle, français ou italien ; très souvent, souper au grand couvert chez la Reine, avec concert d’instrumens et de voix.

D’autres journées sont consacrées aux audiences de félicitations. Toutes les députations paraissent le matin chez le Roi, vont dîner dans une salle du château, et viennent l’après-midi complimenter la Reine. Les députés de l’assemblée générale du Clergé sont reçus d’abord, suivant l’usage, puis ceux du Parlement, dont plus de cinquante membres arrivent en grand costume, ayant couché la veille à Melun pour la commodité du voyage. Ce sont