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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/118

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grâces et de gloire chez son auguste époux, et disant au Roi qu’il doit trouver le sien dans un attachement inviolable et tendre à l’épouse, formée selon le cœur de Dieu et faite pour réunir et fixer ses inclinations. Ce sont les ordinaires espérances de l’Eglise, que la vie ne se charge pas toujours de confirmer ; mais qui songerait à d’autres pensées en un tel jour ? Voici, d’ailleurs, pour la réjouissance des yeux, après la cérémonie de la bénédiction nuptiale, celles de la bague, des treize pièces d’or des épousailles, de l’eau bénite offerte, plus tard le livre des Evangiles apporté à baiser, enfin le cierge à poignée de satin blanc fleurdelisé, que chargent vingt louis d’or et que tient le roi d’armes à genoux auprès de l’autel ; le marquis de Dreux offre ce cierge au duc d’Orléans, qui le présente au Roi, et le Roi l’offre au cardinal, après avoir baisé sa bague. Le même rite est observé pour un cierge semblable que la duchesse d’Orléans présente à la Reine. C’est un symbole de la soumission des époux à l’Eglise, et le grand poêle de brocart d’argent qu’étendent au-dessus de leur tête l’évêque de Metz, et l’ancien évêque de Fréjus, pendant les oraisons d’usage, est un symbole d’un autre genre, celui de l’union à jamais fidèle sous la bénédiction du même toit. La longue cérémonie a fatigué la Reine, qui s’est évanouie un petit instant ; elle est terminée maintenant ; il ne reste plus qu’à signer le registre des mariages apporté par le curé de Fontainebleau, et, pendant que les hérauts d’armes distribuent aux assistans les médailles frappées pour le mariage, le Te Deum, entonné par le grand aumônier, est chanté par la chapelle de musique ; on récite l’Oraison pour le Roi, et le cortège, dans le même ordre que pour l’arrivée, retourne aux appartemens royaux.

Lorsqu’elle a déposé le manteau royal et ce lourd habit de cérémonie, la Reine dîne au grand couvert avec le Roi, toutes les princesses du sang assises à sa table. Puis elle ouvre le coffre de velours cramoisi brodé d’or, qui contient les présens d’usage dont elle peut disposer, toutes les bagatelles magnifiques qu’on appelle sa corbeille. Elle fait une première distribution sur-le-champ aux princesses et aux dames du palais. C’est pour elle un plaisir tout nouveau que de donner ainsi, et celui qu’elle doit sentir le plus vivement : « Voilà, dit-elle, la première fois de ma vie que j’ai pu faire des présens. » Et, le lendemain, elle sera plus contente encore, puisqu’elle fera part à tous ses serviteurs, même aux plus modestes, de tout ce trésor de bijoux et de ciselures