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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/106

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IV

Le 25 juillet 1725, Mlle de Clermont, ayant pris congé de Sa Majesté, qui chassait à force à Chantilly avec M. le Duc, quitta Paris pour aller chercher la jeune reine. Elle emmenait avec elle un grand nombre d’officiers des deux maisons. Les dames étaient Mmes de Boufflers et de Mailly, sept dames du palais de la Reine, et deux dames d’honneur de la princesse. C’était toute une partie de la cour qui se déplaçait, et celle qui demeurait vint lui souhaiter bon voyage à l’hôtel de Condé et assister au curieux spectacle du départ. Le cortège comptait dix carrosses du Roi attelés de huit chevaux, et une douzaine de carrosses particuliers à six chevaux, chacune des dames ayant le sien ainsi qu’un fourgon à quatre chevaux pour son lit et ses bagages. Les équipages du Grand-Commun, qui partirent en même temps des écuries du Louvre, faisaient encore une cinquantaine de carrosses, berlines, corbillards, fourgons et chariots. On emportait la vaisselle d’argent royale, et tout ce qui devait être nécessaire pour la bouche et le service de la Reine. Les cochers, postillons, palefreniers et charretiers avaient été habillés à neuf. Ce défilé fut un amusement extraordinaire pour le peuple de Paris, ainsi que pour les provinces qu’il traversa. La sœur de M. le Duc fit d’ailleurs un voyage triomphal, accueillie et fêtée par les autorités locales et par les commandans militaires, et à peine moins haranguée que ne devait l’être la Reine au retour.

En arrivant à Saverne, au palais du cardinal de Rohan, fastueusement aménagé pour les réceptions, la princesse trouva Mme de Prie, qui la mit au courant de ce qui se passait à Strasbourg, et le roi Stanislas vint lui-même la visiter. Il avait abandonné l’hôtel d’Andlau et habitait, pendant les derniers jours, celui du Gouvernement, où sa petite cour polonaise s’était renforcée, pour une semaine, de dames, gentilshommes et pages devenus nécessaires aux circonstances. C’est au Gouvernement qu’il avait reçu, avec la reine, dans le plus majestueux cérémonial et toute la pompe de la royauté, les lettres de créance du duc d’Antin, puis la demande solennelle de la main de sa fille, présentée par les ambassadeurs du roi de France. Il avait eu aussi la visite du duc d’Orléans, qui était venu rendre ses premiers hommages à sa souveraine ; le prince n’avait fait que traverser Strasbourg et était