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Page:Revue des Deux Mondes - 1900 - tome 158.djvu/104

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la cérémonie tout l’éclat possible par la présence du premier prince du sang. Il dut même promettre cent mille écus pour la dépense du voyage. Les préparatifs se pressaient de part et d’autre. Le jour même où le comte Tarlo, parent de Stanislas, arrivait à Versailles pour signer les articles préliminaires et le contrat de mariage, le duc d’Antin et le marquis de Beauvau parlaient comme ambassadeurs extraordinaires chargés de faire la demande. Le maréchal du Bourg réglait, avec eux et le roi Stanislas, les détails de la cérémonie et le jour, qui fut par piété fixé au 15 août : « La princesse et sa famille, écrivait le duc d’Antin, désirent passionnément qu’elle soit mariée le jour de la Vierge, pour laquelle on a une dévotion particulière. »

Depuis le 4 juillet, Stanislas et les siens étaient à Strasbourg. La princesse Marie avait fait ses adieux à cette triste maison qui, cinq ans plus tôt, la recevait en fille d’exilée, et d’où elle partait, escortée de plusieurs brigades de carabiniers royaux, pour être la femme d’un des plus grands rois du monde. A l’entrée de la ville, les magistrats étaient venus offrir leurs hommages, et les troupes faisaient la haie jusqu’au palais du Gouvernement, où le cardinal, le clergé et les autres corps s’étaient rendus pour complimenter. C’était la première fois que les canons retentissaient en l’honneur de Marie Leczinska et que les hommages officiels l’entouraient ; ainsi commençait la réalisation de son rêve.

Elle goûta pendant six semaines, comme elle n’avait pu le faire encore, les plaisirs d’une société brillante et choisie. Echappant aux importunités de la représentation, le roi de Pologne avait accepté de loger à l’hôtel d’Andlau. Cette demeure d’une illustre famille alsacienne était hors de la ville, et une femme d’un charme rare et supérieur en faisait les honneurs. La comtesse d’Andlau avait d’ailleurs rendu souvent visite aux exilés de Wissembourg, et leur présence dans sa maison ne faisait que resserrer les liens d’une intimité déjà étroite. La reine Catherine l’appelait : « Ma chère petite d’Andlette, » et Stanislas professait pour elle ce culte enthousiaste que les Polonais portent dans l’amitié. Marie Leczinska ne devait jamais oublier l’hospitalité de Mme d’Andlau, non plus que l’empressement de l’excellent maréchal du Bourg, dévoué depuis plusieurs années comme un véritable ami et à qui Stanislas écrivait plus tard : « Je soupire toujours après l’Alsace, que vous m’avez rendue si agréable à me la faire regretter toute ma vie. »