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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/930

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REVUE LITTÉRAIRE

NOS HUMORISTES


Si vous recevez une carte de visite ainsi libellée : X…, humoriste, gardez-vous de manifester aucune surprise. L’humour n’est plus seulement, comme on l’avait cru jusqu’ici, un tour d’esprit, un genre de plaisanterie ; c’est une position sociale. On est humoriste, comme on est ingénieur ou employé d’administration. On fait de l’humour, non pas par caprice, à ses heures et au gré de sa fantaisie, mais régulièrement et quotidiennement, comme on va au bureau. Toute profession, dans les conditions actuelles du travail, doit être garantie par une association professionnelle ; aussi les « humoristes » n’ont-ils pas manqué de se constituer en société. Ils se sont syndiqués pour l’exploitation de l’humour, comme on fait pour l’exploitation d’un brevet, pour la vente d’un produit manufacturé ou d’une denrée alimentaire. L’humour est une « spécialité » de MM. Courteline, Jules Renard, Alphonse Allais, Capus, Georges Auriol, Tristan Bernard, Pierre Veber, Willy et Grosclaude ; ils en ont le monopole, comme l’État a celui de la fabrication des allumettes, et les raffineurs celui de l’industrie sucrière. D’ailleurs, MM. Grosclaude, Willy, Pierre Veber, Tristan Bernard, Georges Auriol, Capus, Alphonse Allais, Jules Renard et Courteline font tout ce qui concerne leur état et suffisent à tous les besoins de la consommation. Ils tiennent l’humour en tout genre, gros et détail ; ils le débitent au mètre, souvent aussi au poids. On dirait d’une maison de commerce montée par des organisateurs habiles, bien pourvue d’ateliers pour la production et de débouchés pour la vente, outillée contre la concurrence et la contrefaçon, et soutenue par une forte publicité.