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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/910

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L’aspect général est morne, terne, poudreux, et d’une tristesse profonde.

Kachgar, capitale du Turkestan chinois, ne dément pas les vers d’un poète indigène qui avait vu les deux versans du Pamir et de l’Himalaya :

Indoustan Goulistan,
Tourkistan Gouristan.

« L’Indoustan est un parterre de roses, le Turkestan un cimetière. » L’Inde, malgré les merveilles qu’elle renferme, et malgré la végétation tropicale de certaines de ses parties, n’est pas partout, tant s’en faut, un jardin de roses ; mais ses régions les plus ingrates en sont encore un, en comparaison des paysages sinistres du Turkestan. Les environs de Kachgar sont parmi les plus lugubres. Avant d’arriver à l’enceinte actuelle, on traverse, comme autour de la plupart des grandes villes musulmanes, d’interminables et arides cimetières, qui ne sont que des morceaux de désert semés de tombes et protégés par les prescriptions religieuses contre toute mise en culture et toute irrigation, qui pourraient en modifier l’aspect.

Mais ici l’étendue de ces champs de mort est hors de proportion avec la population actuelle de la ville, qui n’excède plus aujourd’hui 30 000 habitans. Le dicton ci-dessus n’est pas une simple image, quand on songe aux effroyables massacres qui ont marqué les conquêtes réitérées du pays par les Chinois, à la suite de chacune des insurrections sanglantes elles-mêmes et maintes fois réitérées.


EDOUARD BLANC.