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reproches : « Non, vous ne vous êtes pas cru oublié ; non, je ne m’en suis pas cru soupçonné. Mais, l’un et l’autre sentant trop vivement notre mal, nous avons geint un peu trop fort. Pardonnons-nous. Pour moi, j’accorde le pardon de tout mon cœur et j’espère obtenir le mien. » C’est ensuite une approbation des projets de voyage de Decazes, dont celui-ci lui a fait part, et de la durée de son prochain séjour à Paris : « Votre projet me paraît fort raisonnable. Je suis persuadé que le 11, vous saurez le sort de la loi. Mais si cela n’était pas, je crois que vous feriez bien, ainsi que Mézy m’a dit que vous le lui avez mandé, d’en attendre la nouvelle avant que de vous mettre en route. Quant à votre séjour, si quelqu’un me parlait de deux ou trois jours, je lui rappellerais qu’un homme arrivé ici comme une bombe, le 23 avril 1817, n’en est reparti que dans la nuit du 3 au 4 mai suivant [1]. »

Ils en étaient donc maintenant tous deux entièrement à la joie de se revoir à bref délai. La loi électorale fut votée le 12 juin. Le 16, Decazes annonçait au roi son arrivée à Paris pour le jeudi suivant 22. « Quand verrai-je mon père ? Comment le verrai-je ? Ne trouverai-je pas un mot qui me le dira ? » Il était d’ailleurs rassuré quant à l’accueil qui lui serait fait par ses anciens collègues. Il avait reçu de Richelieu une réponse « assez bonne. » Si, durant son séjour à Paris, il se trouvait des gens « pour lui mettre l’épée dans les reins, » il leur citerait le précédent Blacas, que le roi lui avait rappelé.

Louis XVIII, de son côté, se préoccupait de lui tracer sa ligne de conduite.

« J’ai reçu lundi, mon cher fils, ta lettre de vendredi. Tu m’y mandes que tu arriveras jeudi. Je comptais donc t’écrire tout à mon aise demain. Mais voilà que tout le monde, le duc de Richelieu lui-même, qui croyait hier la même chose que moi, est persuadé que tu arriveras ce soir. Cela m’oblige, quoique l’heure du dîner soit proche, à prendre la plume et à étrangler ma lettre. Je suis convaincu qu’elle attendra vingt-quatre heures au moins. Mais je ne veux rien avoir à me reprocher.

« Il m’aurait été assez difficile de te donner des directions relativement à ton oncle (Monsieur). Il est des plaies que je ne puis

  1. C’est de M. de Blacas que le roi veut parler. Ambassadeur à Rome, Blacas quitta son poste sans autorisation et vint à Paris, appelé par les ultras qui voulaient se servir de lui pour déposséder Decazes de la faveur de Louis XVIII. Les ministres exigèrent son départ, et il dut obéir.