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nous avons beau dire que nous tenons à notre projet, le croyant bon et ne comptant point le changer, nous ne persuadons presque personne.

« Les journaux, à présent, disent tout sur l’Espagne. Ainsi je n’ai rien à vous apprendre à ce sujet. Je suis fort inquiet du Portugal, qui m’a assez l’air d’être tenté de suivre le même exemple. Des avis très confidentiels, et que je crois sûrs, sont parvenus à cet égard. »

Huit jouis plus tard, Pasquier ajoutait :

« Vous nous négligez terriblement et vous me devez plus d’une réponse. J’ai vu la dernière lettre que d’Argoult a apportée au duc de Richelieu, et j’en aurais long à vous dire sur cette lettre. Il y a des circonstances ou il faut savoir supporter les injustices de ses amis. Le temps en fait toujours raison et finit toujours par montrer où sont les fidèles. Je ne crains pas cette épreuve.

«… Je vous écris brièvement parce que je suis obligé d’aller à la Chambre ; et puis, je ne sais pas écrire longuement à qui me répond si peu. »


III

Écrites dans le courant d’avril, les lettres de Pasquier, qui viennent d’être citées, démontrent avec évidence que la démission de Decazes, vieille déjà de six semaines, n’avait pas porté les fruits qu’en attendaient ceux qui la lui avaient arrachée ou conseillée, et que lui-même s’était trompé en la donnant avant d’avoir été mis en minorité. Lorsqu’on faisait appel à son patriotisme pour obtenir cette démission, on lui avait représenté qu’elle déterminerait un apaisement général, consoliderait le ministère et assurerait le vote des diverses lois soumises à l’agrément des Chambres. Combien peu les faits qui s’étaient produits depuis répondaient à ces prévisions !

A la vérité, deux de ces lois, — celles dites de sûreté, — étaient votées, mais après des débats où le parti des ultra-libéraux, contenu cinq années durant par l’habileté de Decazes, venait de révéler son déchaînement et sa puissance. Le péril de droite s’était momentanément amoindri ; mais celui de gauche était devenu plus redoutable, et comme, d’autre part, les concessions faites peu à peu à l’ultra-royalisme ne parvenaient jamais à épuiser