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modération qui rendaient mal son ressentiment et qui étaient encore de sa part un sacrifice à la cause du roi.

« Je ne crois pas que la complaisance envers ces Messieurs doive aller jusqu’à laisser sans réponse des calomnies quand elles citent des faits et des autorités. Je ne le crois pas, parce que je pense qu’une fois à ce point, il faudra leur faire de bien autres sacrifices, que la politique permettra encore moins que ceux-là. Je comprends moins encore que les attaques de cette nature viennent d’un aide de camp de Monsieur, et après ce qui s’est passé. Mais, si ma raison est étonnée, mon cœur, soyez-en bien sûr, n’est pas ébranlé et, de tous les sacrifices qu’il me paraît que j’aurai encore à faire, il n’y en aura de pénible pour moi que ceux qui me paraîtront funestes à la chose publique et à la cause royale. Celui de repartir tout de suite d’ici pour aller à Londres me coûterait fort peu, car ma santé seule en souffrirait. Mais, si ma présence à Paris, il y a quinze jours, effrayait tant ces Messieurs que j’aie du partir précipitamment, quel effet ne ferait pas mon retour et quel rôle jouerais-je en passant à Paris, au milieu de ces attaques et de ces outrages que je puis mépriser de loin, mais qu’il me serait impossible de ne pas repousser si j’étais sur les lieux ? »

Ces dernières lignes répondaient à une offre amicale de Pasquier, devenu, en sa qualité de ministre des Affaires étrangères, le chef hiérarchique de Decazes. Il croyait que pour imposer silence aux fanatiques qui, tous les jours, malmenaient son ancien collègue par la parole ou par la plume, il fallait que celui-ci allât prendre possession de son ambassade. Il serait alors démontré que ces violentes attaques n’avaient pu lui faire perdre la confiance du roi, ni entraîner sa révocation. Elles cesseraient en raison même de leur impuissance. Mais, pour aller de la Gironde à Londres, Decazes devait nécessairement passer par Paris ; il était même tenu d’y demeurer quelques jours afin de recevoir ses instructions et de procéder à des préparatifs nécessaires, et c’est ce séjour dans la capitale qui, pour les causes qu’il indiquait lui-même, lui semblait dangereux.

Tel était aussi l’avis du roi.

« Cornes m’ont poussé à la tête, — un veuf peut s’exprimer ainsi, — en lisant la douce proposition de Pasquier… Si vous vous portiez tout à fait bien et que Libourne fût à Abbeville ou Londres à Burgos, on pourrait peut-être voir. Mais, avec la nécessité de