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agens de police ont été plus maltraités qu’ils ne l’avaient encore été dans aucune des échauffourées précédentes. Mais les émeutiers ont été plus loin ; ils ont essayé, de mettre le feu à une église. S’agissait-il là d’un de ces actes violens, mais spontanés, auxquels se laisse quelquefois entraîner une foule qu’on a eu l’imprudence d’agiter ? Tout porte à croire que non. Le mot d’ordre avait été donné par les journaux du parti anarchiste. La veille et l’avant-veille de l’émeute, tout avait été préparé et concerté dans des réunions dont la presse a rendu compte. Le complot n’a même pas pris la peine de se cacher ; il s’est, au contraire, affiché au grand jour, et on ne saurait contester qu’il n’ait abouti à un commencement d’exécution. Des arrestations assez nombreuses ont été faites ; l’une d’elles a porté sur le chef du mouvement, un anarchiste bien connu, M. Sébastien Faure. Nous ne savons pas encore si l’affaire aura ou non une suite ; ce qui est sûr, c’est que les arrestations n’ont pas été maintenues, et que M. Sébastien Faure, en particulier, n’a pas tardé à être remis en liberté. Comment n’être pas surpris en présence de traitemens aussi dissemblables ? Comment ne pas relever ce qu’ils présentent d’anormal ? Quoi ! M. Déroulède est prisonnier au Luxembourg, et M. Faure se promène sur le boulevard ! Est-ce que le premier serait plus coupable que le dernier ? Est-ce qu’il serait plus dangereux ? Ah ! si le réquisitoire de M. le Procureur général avait pu relever à la charge des royalistes seulement la moitié des faits qui se rattachent étroitement à l’émeute anarchiste, soit qu’ils l’aient préparée, soit qu’ils l’aient accompagnée, on cesserait de le trouver peu significatif ; on commencerait à s’inquiéter des révélations qu’il aurait faites. Mais on supporte tout des uns, et on ne se montre sévère que pour les autres. D’où vient donc cette inégalité ? Comme elle n’est pas dans les choses, il faut bien en chercher l’origine dans ceux qui ont eu à les apprécier, c’est-à-dire dans le gouvernement. Sa vigilance, qui est si vive et si aiguisée lorsqu’il s’agit des. royalistes, se relâche évidemment lorsqu’il s’agit des anarchistes. Nous en aurions une impression meilleure si elle était plus constante, plus impartiale et, tranchons le mot, plus équitable. Mais les choses sont ainsi. On ne peut les expliquer que par la prédominance dans le ministère d’un esprit qui est plein de rigueur d’un côté, plein d’indulgence de l’autre, et cela indique de sa part une tendance qui mérite d’être signalée. Non pas que nous supposions, de la part de la majorité de nos ministres, la moindre tendresse à l’égard des anarchistes ; mais ils se croient obligés envers eux à des ménagemens qui ressemblent à des défaillances. Pour soutenir la grande lutte qu’ils ont entreprise