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ne suffit donc pas de faire évacuer la paillotte contaminée, il faut la brûler avec toutes les paillottes limitrophes.

Cette contagion par les puces ou les punaises explique encore l’immunité des maisons européennes bien tenues, opposée à la contamination habituellement facile des habitations indigènes. Sans doute l’encombrement de celles-ci et la promiscuité où vivent les habitans multiplient les occasions de communication du mal, mais la fréquence des parasites dans ces habitations, opposée à leur rareté dans les maisons européennes, fournit aussi une explication qui n’est pas moins rationnelle. Elle rend intelligible la prédilection du fléau pour la population misérable.


X

Propagation par les rats. — Le rôle des souris et des rats dans la propagation de la peste n’est pas moins curieux : ces rongeurs sont les agens les plus actifs de la dissémination de la peste dans le monde. Ils ne sont pas à la fois, comme les puces, des instrumens de transport et des instrumens d’inoculation, ils ne remplissent que le premier de ces rôles ; mais on peut dire qu’ils y excellent. Ils n’interviennent point dans l’inoculation, puisqu’ils ne s’attaquent pas à l’homme et qu’il est rare qu’un adulte ou même un enfant soit mordu ou griffé par eux. Il est donc entendu qu’ils n’inoculent point la peste. Demandons-nous, tout au moins, comment ils la transportent. Nous avons dit, plus haut, l’extrême réceptivité des souris et des rats pour le bacille de la peste humaine ; L’inoculation,. qui fait périr l’homme en cinq jours, tue la souris dès le second jour et le rat dès le troisième. Si l’on supposait que les germes de la maladie se répandissent au même moment, dans une localité, sur les hommes et sur leurs hôtes rongeurs, les uns et les autres étant atteints en même temps, on verrait ceux-ci périr bien avant ceux-là. La peste humaine serait précédée de la « peste des rats. » C’est bien ainsi que les choses se passent en effet. Un jour ou deux avant que le fléau n’éclate avec violence sur la ville, un fait singulier frappe et inquiète l’attention. On trouve partout, dans les maisons, dans les rues, sur les places, des cadavres de rats. Le phénomène est particulièrement saisissant dans les ports, où les rats pullulent autour des docks et des entrepôts de grains. Dans