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que les bubons suppures ne contiennent plus de bacilles : l’agent pathogène en a disparu. Tout au moins, il est fortement atténué. Yersin a fait supporter à une souris l’inoculation que Desgenettes avait pratiquée sur lui-même. Il inocula à cet animal le produit de culture d’un bubon extirpé à un convalescent, et cet animal, qui est pourtant ultra-sensible à la peste, resta indemne.

D’ailleurs, Desgenettes parlant plus tard de son auto-inoculation en dit deux choses qu’il faut retenir. « Cette expérience incomplète, dit-il, prouve peu de chose pour l’art, elle n’infirme point la transmission de la contagion, démontrée par mille exemples ; elle fait seulement voir que les conditions nécessaires pour qu’elle ait lieu ne sont pas bien déterminées. »

Voilà pour le côté scientifique. Voici maintenant pour le côté moral de cet acte héroïque : « Je crois, ajoute Desgenettes, avoir couru plus de danger, avec un but d’utilité moins grand, lorsque, invité par le quartier-maître de la 75e demi-brigade, une heure avant sa mort, à boire, dans son verre, une portion de son breuvage, je n’hésitai pas à lui donner cet encouragement. Ce fait, qui se passa devant un grand nombre de témoins, fit notamment reculer d’horreur le citoyen Durand, payeur de cavalerie, qui se trouvait dans la tente du malade. »


IX

Propagation par les insectes. — Les études récentes sur les modes de propagation de la peste ont eu un résultat inattendu. Elles ont montré que cette transmission se faisait par les puces et par les rats. On vient de voir qu’il faut un autre véhicule que l’air pour transporter le bacille d’un sujet déjà malade à un sujet sain.

Et le transport ne suffit pas encore pour assurer la propagation de la maladie. Si la peau est intacte, elle peut impunément subir le contact des tissus infectés, du sang pestiféré, du bacille sous toutes ses formes et dans toutes ses cultures. La peste se transmet peu ou point d’homme à homme. La contagion directe par contact n’existe pas. Il faut une effraction des tégumens pour permettre l’inoculation et le développement des accidens. Les indigènes qui marchent nu-pieds sur un sol contaminé prennent la peste, uniquement parce qu’ils ont des écorchures ou des