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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/692

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1350 fit 50 000 victimes à Paris, 60 000 à Florence et à Londres. L’Europe, d’après l’évaluation que fit faire le pape Clément VI, perdit le quart de sa population. L’Italie en perdit la moitié et certaines villes, comme Venise, les trois quarts. La peste de Provence, de 1720 à 1722, amena la mort de 87 000 personnes, sur une population de 247 000 âmes.

On ne reverra plus de pareilles hécatombes. La peste de Hong-Kong fait actuellement trente victimes par semaine : celle d’Oporto, une ou deux victimes par jour. Dans des milieux mieux surveillés, où les règles de l’hygiène publique et privée seraient mieux obéies, la malignité serait moindre encore. La cohabitation avec un ennemi dont les griffes sont aussi rognées n’a plus rien de terrifiant. On nous rassure en proclamant l’atténuation et l’innocuité relative du fléau ; mais ne nous rassurerait-on pas mieux en organisant la défense de manière qu’il ne pût nous atteindre [1] ?


III

Les différentes formes de la peste. — La circonstance principale qui a toujours paralysé la défense contre l’invasion de la peste, c’est que la maladie était ordinairement méconnue à ses débuts. On ne réussissait pas à l’identifier, avec assez de certitude, sous ses divers déguisemens. Cette lacune dans l’étude nosologique de la peste est maintenant comblée. Les diverses variétés sont exactement décrites. La découverte du germe infectieux, c’est-à-dire du bacille de la peste, faite par Yersin, en 1894 ; l’exacte détermination de ses manières d’être et de se comporter, des diverses voies par lesquelles il peut aborder l’organisme et des désordres qu’il est capable d’y provoquer, suivant qu’il pénètre d’un côté ou d’un autre ; toutes ces notions nouvelles ont jeté la plus vive lumière sur la nature de la maladie et ont permis de la dépister sous tous ses travestissemens. L’examen bactériologique, enfin, permet de lever les derniers doutes et d’assurer le diagnostic.

  1. Des précautions ont été prises, en effet. En l’absence des Chambres, le Conseil d’État, saisi de la question par le ministre de l’Intérieur, a décidé, dans l’audience de vacation du 14 septembre, qu’une somme de 300 000 francs serait mise à la disposition du gouvernement pour lui permettre de prendre les mesures de protection nécessaires. Le Comité de direction des services sanitaires s’est réuni pour fixer ces moyens de défense. Ces moyens ont été, dès longtemps, prévus par les éminens hygiénistes de notre temps, MM. Brouardel, Proust, et les autres membres du Comité d’hygiène.