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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/687

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La police des ports doit remédier à l’insuffisance du service sanitaire international. Elle peut rendre obligatoires les précautions que celui-ci a négligées, c’est-à-dire imposer une quarantaine aux navires qui arrivent d’un lieu contaminé ou les soumettre à une visite médicale sévère. Ces mesures, prescrites pour le service sanitaire métropolitain, constituent contre l’agression du fléau une nouvelle défense ; c’est la seconde cuirasse dont nous parlions plus haut. Mais celle-là aussi a ses défauts. Ces précautions ne réussissent qu’à empêcher l’introduction des malades atteints déjà de la peste ou sous la menace du mal encore en incubation. Si la contamination ne se faisait que d’homme à homme, de telles mesures suffiraient à y mettre bon ordre ; elles seraient efficaces. Mais nous verrons précisément, en étudiant tout à l’heure les procédés de propagation de la maladie, que les germes du mal peuvent être véhiculés par les objets inanimés, par les étoffes, le linge, les vêtemens, les hardes, par tout ce qui a été en contact avec les pestiférés, et non seulement avec les hommes, mais avec les animaux comme les rats, aussi sujets que l’homme même à la contagion. Dès lors, il ne pourrait y avoir de sécurité absolue que si l’on soumettait à une désinfection rigoureuse toute la cargaison du navire et si, conséquemment, l’on prohibait l’importation de tous les objets tels que grains, peaux, laines qui ne se prêtent pas à cette opération et qui peuvent, d’ailleurs servir d’abri aux rongeurs et aux insectes qui sont les vrais agens propagateurs du fléau.

Mais de telles mesures prohibitives équivaudraient le plus souvent à la mise en interdit des ports contaminés. Le service sanitaire international a reculé devant leur rigueur : la police nationale des ports recule à son tour. Tout au moins peut-on dire qu’elle en retarde l’obligation jusqu’au dernier moment. De là une fissure dans l’armure protectrice, par où peut s’insinuer l’agent morbide. C’est ainsi sans doute que les choses se sont passées à Oporto.

La peste semble y avoir été introduite par un navire anglais, le City of Cork. Il importe de noter que le City of Cork, quoique chargé de chanvre indien, ne venait pas directement de Bombay. C’est d’ailleurs le cas pour tous les navires qui importent au Portugal les produits des Indes : le thé, le riz, le chanvre, le coton. M. Forbes assure qu’ils n’arrivent jamais à Porto qu’après avoir touché un port européen, Londres, Liverpool, Rotterdam, Brème