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également ? Cela est inconcevable, et fait pour décourager ceux qui prennent vos intérêts ! Je vous assure que, pour moi, j’en suis indignée. Ce n’est pas de cette manière que l’on agit ! Quand on désire le bonheur d’un ami, on va franchement, et on ne se joue pas de la sorte de personnes honnêtes, qui lui ont déjà donné une preuve de délicatesse en pardonnant sa première grossièreté. Il devait s’entendre avec nous au lieu de nous tromper, au lieu de nous prier de ne plus nous en mêler : nous l’eussions fait, et, s’il n’eût pas réussi, vous auriez encore retrouvé votre famille prête à vous servir, parce que vous ne devez pas souffrir des inconséquences des autres… Adieu, malheureux frère.

Femme RABY.

Mais Saisseval, à supposer que vraiment, une précédente fois, il eût « fait manquer » la mise en liberté de Castellane, « réussit, » cette fois-là, de la façon la plus étonnante : deux jours après qu’il eut fait confier le rapport à Legendre, le prisonnier du Plessis était délivré ! Et voici la dernière lettre qu’écrivit à celui-ci la pauvre Clémentine Courcelles, le matin même du 22 vendémiaire :

Cher petit frère, il m’est affreux de vous refuser : mais il ne m’est pas possible de vous aller voir aujourd’hui. La prière réitérée que vous m’en faites m’afflige par la nécessité où je suis de ne pas y satisfaire. Vous devriez être certain que ma plus grande consolation est de vous aller visiter, et qu’il faut une raison urgente pour me résoudre à cette privation.

Mon frère et ma sœur sont abîmés de fatigue, je le suis également ; mais je puis encore les seconder jusqu’à l’heure du Comité, où je ne veux pas manquer de me rendre, non pas pour m’emparer de votre liberté, si le rapport est fait ce soir et qu’elle soit accordée, comme je n’en doute pas : c’est uniquement pour ne pas ignorer l’instant où vos malheurs seront finis.

Je sais par moi-même combien il serait mal d’enlever à votre ami le plaisir de vous la porter. J’engagerai ma sœur, si c’est à nous qu’elle est remise, à l’envoyer à votre ami, à qui elle appartient de droit, et j’irai seulement vous prévenir qu’elle est entre ses mains : c’est la seule jouissance dont je ne puis lui faire le sacrifice. C’est beaucoup de ne pas me trouver au moment où vos fers seront brisés. Et si votre ami avait été aussi aimable que je me l’étais imaginé, il m’aurait proposé de partager cet instant délicieux. Je pensais qu’il le devait à la tendre amitié que ? je vous ai vouée, et je m’y attendais. Si bien que je suis affligée qu’il n’ait pas eu cette généreuse complaisance ; mais cela n’ôte rien aux sentimens reconnaissans que j’aurai toute ma vie pour lui du bonheur qu’il vous procure. Il peut bien être assuré qu’il acquiert par-là tous les droits imaginables sur moi.

Petit frère, je vous quitte à regret, mais il le faut : vous verrez sûrement votre ami aujourd’hui : je vous conjure de ne point lui parler de ce que je vous mande. Vous me désobligeriez si vous le faisiez. Quêter une satisfaction, c’est lui ôter tout son prix, et je n’y en trouverais aucun. Dites-lui seulement que, s’il en peut attacher à l’affection d’une sœur qui vous aime avec