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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/673

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entiers. Et, longues ou courtes, il n’y en a pas une qui ne contienne quelque détail curieux.

Non que nous prétendions leur attribuer une très haute portée historique. Elles ne nous renseignent guère que sur le Comité de sûreté générale, nous apprenant par exemple que, tel jour, tel membre du Comité a été malade, ou que tel autre est parti avant la fin d'une séance. Et cependant, même à ce point de vue, elles ne laissent pas de nous paraître assez instructives. Elles nous montrent notamment, de la façon la plus saisissante, dans quel incroyable état d’anarchie se trouvaient en 1794 les tribunaux révolutionnaires, et avec quel étrange sans gêne ils procédaient à leurs opérations. Comme ils avaient condamné au hasard, jusqu’au 9 thermidor, ils acquittaient maintenant au hasard, avec cette différence que, maintenant, ils prenaient leur temps. Impossible de savoir, le matin, qui serait jugé le soir à la séance du Comité, ou même s’il y aurait une séance, car souvent le Comité ne pouvait pas siéger, faute de membres présens. C’est ce que n’arrivait pas à comprendre le malheureux Castellane, qui voyait sa libération retardée, d’un jour à l’autre, par le désordre et l’incurie de ces magistrats fantaisistes. Mais ses amis, les Courcelles, ne songeaient pas à s’en étonner, et c’est le plus simplement du monde qu’il lui expliquaient, dans chacune de leurs lettres, les causes nouvelles qui étaient venues ajourner le succès de leur entreprise. « Si vous ne sortez pas aujourd’hui, il faudra que le diable s’en mêle, » écrit Clémentine, le 20 thermidor. Mais le 28, Castellane apprend que le Comité a résolu « de ne s’occuper des détenus nobles que quand le sort des autres détenus sera décidé. » Le 4 fructidor, Clémentine lui annonce qu’il ne passera pas en jugement et que, « sous très peu de jours, » le Comité délibérera sur lui ; « mais ce ne peut être ni demain, ni après. » Hélas ! ce n’est pas, non plus, un des jours suivans ! « Quoique la justice soit très véritablement à l’ordre du jour, il y a tant de personnes détenues qu’on a mille peines à obtenir la sortie de ses amis qui n’ont même point d’accusation. Le citoyen Despré, homme de lettres, réclamé par sa section qui en rendait le témoignage le plus favorable, et qui n’avait aucune dénonciation contre lui, a éprouvé par cela même mille difficultés pour obtenir sa liberté, malgré des sollicitations sans nombre. » (Lettre du 7 fructidor. )

Sera-ce donc pour le 11 fructidor ? « Si l’on est de parole, et que de nouveaux événemens ne viennent pas déranger encore une