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Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/657

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préférable à ceux qui sont employés aujourd’hui, le Taldyk étant trop indirect et le Terek-Davan trop difficile.

Dans cette vallée nous apercevons, sur notre gauche, les ruines d’un ancien poste militaire indiquant bien que cette route a été autrefois suivie. C’est Izghen. Là dut exister jadis un centre de population assez important, car, près des restes du petit poste militaire chinois, abandonné, on voit un vaste cimetière, deux coupoles anciennes, et, comme constructions plus modernes, une petite redoute en terre et trois ou quatre hangars. C’est sans doute le même Izghen dont il est fait mention, dans les vieilles chroniques, à propos des guerres des Timourides et de Tamerlan lui-même contre les souverains de Kachgar [1]. Autour de ces masures en ruines s’étend aujourd’hui un assez gros aoul, village mobile composé de tentes de feutre. La vallée, assez large, formée par la réunion de celles du Kara-Tach et du Kara-Terek, présente les restes desséchés d’une végétation herbacée telle que nous n’en avons pas vu depuis longtemps. Quelques chevaux et chameaux paraissent s’en repaître avidement.

En ce point nous tournons droit au Sud, pour descendre le cours de la rivière, qui évidemment est un affluent du Kizil-Sou. Je me rends compte alors du motif qui nous a forcés à obliquer vers le Nord. La rive droite du Kara-Terek, que nous suivons, est bordée sans interruption par une haute falaise de grès rouge, formant le revers des montagnes dont nous apercevions les sommets, dans l’Est, du haut du plateau. Cette falaise est absolument inaccessible, aussi bien à la descente qu’à la montée. Elle est formée par le redressement de bancs de grès triasiques, et elle est rigoureusement verticale. Elle présente de grosses cannelures arrondies et régulières, produites par érosion. De loin, il semblerait que cette muraille gaufrée ait été ciselée à coups de gouge donnés de haut en bas par des ouvriers cyclopéens. A mesure que nous descendons cette vallée, la végétation arborescente, que nous n’avions pas encore revue depuis notre ascension sur l’autre versant de l’Alaï, fait son apparition sous forme de spécimens qui, dans ce vallon abrité, atteignent une fort belle taille. De magnifiques peupliers, ou de gros buissons de rosiers, malheureusement dépouillés à cause de la saison, bordent la rivière. Au bout d’une dizaine de kilomètres, le fond de la vallée

  1. Cf. la Chronique d’Abd-er-Razzak-es-Samarkandi.